#5 L’équipe Ecobretons : Marie, journaliste et coordinatrice

#5 L’équipe Ecobretons : Marie, journaliste et coordinatrice
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Présente depuis la création d’Eco-bretons, Marie est journaliste de vocation et a appris au fur et à mesure à compiler des compétences jusqu’à devenir la coordinatrice de rédaction. Son attachement au milieu associatif, au journalisme et à l’étincelle des gens passionnés l’a menée jusqu’à Eco-bretons en 2011. Une boutique qu’elle n’a depuis lors plus quitté ! Entrons dans la boutique de Marie, un espace qu’elle veut bienveillant et libre, éléments indispensables à la qualité d’expression selon elle.

Bonjour Marie, nous sommes dans le parc de Kerozar assises dans l’herbe, une tasse de thé à la main. Est ce que tu peux nous parler de ton rôle au sein d’Eco-bretons ?

A la base je suis journaliste. Au fil des années j’ai pris un peu d’autres activités en charge comme une partie de la coordination, c’est à dire le montage de dossier ; aller rencontrer les partenaires, assos et collectivités qui nous financent aussi ; l’ encadrement des services civiques ; et je fais un peu d’animation dans les lycées, c’est un projet qui démarrera vraiment cette année. Un peu de tout en fait, un peu d’événementiel, d’animation de ciné débat, au fur et à mesure des années ça s’est développé .

Polyvalent comme job au final !

Tout à fait, c’est couteau suisse quoi ! Des trucs qu’on ne sait pas faire, bah on apprend à les faire.

Quand tu as commencé c’était vraiment le journalisme qui t’intéressait, c’est pour cette raison que tu as postulé à Eco-bretons. D’où te vient cette envie : rêve de gamine ou concours de circonstance ?

C’est super vieux. J’ai eu un parcours un peu atypique on va dire. Le journalisme m’a toujours intéressé, déjà quand j’étais petite, je faisais mes propres journaux de ce qui se passait à la maison, c’était drôle. J’adorais écrire, ça a toujours été une passion l’écriture. Et je pense qu’il faut que je développe ça sur le plan personnel. J’étais douée en rédaction, enfin j’ai toujours aimé. Lire et écrire c’était mon truc.

Après j’ai eu une petite période ou je voulais être archéologue. C’était drôle aussi. Finalement je n’ai pas fait ça.

Au lycée je voulais être journaliste, donc je m’étais renseignée pour faire des études de journalisme. J’avais postulé à l’IUT de Lannion mais je n’ai pas été prise. Donc du coup je me suis dit c’est pas grave, je vais aller en fac ça va être un peu plus large. J’ai été en fac à Arradon à la catho à côté de Vannes en information-communication. C’était vachement bien parce que c’était hyper large. On a fait aussi bien de la vidéo que de l’écrit que des choses un peu culturelles, des photos, des expo photos…enfin c’était vraiment sympa. Des chouettes années.

Et après je suis partie à Rennes, en licence d’information-communication. J’avais toujours cette idée de faire du journalisme et quand j’étais à la catho j’avais fait un stage en radio, c’était rigolo c’était à radio Saint Anne à Vannes ainsi qu’un stage en presse écrite aux Infos du pays de Plöermel. L’écrit ça m’avait bien plu, la radio aussi, c’était technique ça me plaisait aussi. Donc j’étais partie avec ces idées là à Rennes : continuer dans le domaine du journalisme.

La découverte du monde associatif à Plum FM

En 2004 j’ai fait un stage à Plum FM, de radio, je voulais continuer la radio je trouvais ça sympa. Et c’est là que j’ai eu le gros déclic, pour le monde associatif et pour la radio aussi, mais pour le monde associatif avant tout. Plum FM je connaissais pas plus que ça à la base, ça faisait petite radio, je me demandais comment ça fonctionnait. Je ne connaissais rien aux associations !

Miss Météo

« On m’avait dit :  tu vas faire du direct » et moi j’ai dit « ah non pas de direct ». Mais finalement j’ai fait du direct, j’ai fait la météo. Après j’avais fait une émission où j’allais dans des lieux un peu touristiques et je faisais des interviews qui étaient longues, ça durait 1h à peu près. On m’a vraiment laisser la liberté de faire les choses, ils ont été extrêmement bienveillants avec moi et je les en remercierai toujours. C’est pour ça que je suis très attachée à eux, parce que pour moi c’était une grande découverte. Le monde associatif m’a permis de rencontrer vachement de gens différents que je n’aurai jamais rencontré avant. Parce que avant j’avais ma petite vie, bah la vie classique de tout le monde. Et là, il y avait des gens qui venaient de tellement de milieux que je ne connaissais pas que ça m’a fait une ouverture sur le monde phénoménale. Du coup j’ai continué en tant que bénévole. J’ai fait un autre stage en 2005 en communication et en 2007 on m’a proposé de faire un service civique à Plum FM puisque j’étais toujours bénévole là-bas pour m’occuper de tout ce qui était environnement, c’était une mission environnement sur l’eau. Moi je n’y connaissais rien du tout à l’environnement, ça me passait complétement au dessus à l’époque. Je devais encadrer des jeunes, faire des chroniques radio sur l’eau, ça a duré un an, c’était génial. Ensuite j’ai continué trois mois en CDD. Après j’ai cherché du boulot, plus dans le journalisme forcément.

Eco-bretons

J’ai vu une annonce un jour pour Eco-bretons en 2009. Entre temps j’avais été correspondante de presse pour la Gazette du Morbihan. C’était bien comme expérience, hyper formateur. Pour Eco-Bretons, j’avais pas été retenue tout de suite, mais au final ils m’ont appelé . En route pour Morlaix. J’ai commencé en Janvier 2010, en me disant « je sais pas combien de temps ça va durer », c’était des contrats aidés à l’époque. On est en août 2017 et je suis encore dans la boutique. Ça dure !

Alors t’as eu le temps de voir ce qui te plaisait dans ton action au quotidien.

C’est surtout de travailler dans le monde associatif même si c’est de plus en plus dur, par rapport aux premières années où j’ai découvert ça c’est de plus en plus compliqué du côté des financeurs. C’est de plus en plus professionnel, de plus en plus exigeant et de plus en plus dur et précaire. C’est pas tout rose, il peut y avoir des relations humaines compliquées mais par contre à côté c’est un milieu où tu peux rencontrer des gens avec des vraies valeurs. Je pense aussi que c’est un champ d’expérimentation qui est phénoménal, tu peux tester, tu peux expérimenter. C’est encore des endroits où tu peux le faire, où tu n’es pas obnubilé par un objectif de rentabilité.

Même si au final, ça te demande quand même du temps de travail de chercher des financements

Ca te demande du temps, et t’as pas toujours le temps. Et financièrement c’est de plus en plus compliqué, donc forcément t’es obligé d’aller chercher des sous par toi même. Quelque part, parfois, ça se rapproche du monde de l’entreprise.

Après ça te pousse aussi à se renouveler, à renouveler les projets de l’association.

C’est ça. Ça pousse à y aller, à se défoncer, à essayer de pérenniser ton poste. Des fois pour le moral c’est pas évident mais quand même quand tu vois tous les à côtés et tout ce que tu peux gagner toi en richesse personnelle en étant dans un secteur comme ça, je me dis quand même ! ca vaut le coup, éthiquement c’est plutôt chouette. Enfin moi je vois ça comme ça.

Eco-bretons s’attache à toute la Bretagne, mais les forces vives sont situées dans un bastion au nord de la Bretagne, à Morlaix. Est ce que tu peux nous parler de l’évolution de cette ville dans la transition les sept dernières années ?

Je dirais que ça a évolué quand même. Y’a un environnement naturel qui est préservé encore, contrairement au Morbihan où les côtes sont victimes de la bétonisation et du monde. Là, on sent qu’il y’a une volonté de préserver les choses, les gens sont un peu farouche là dessus. Au niveau développement durable ça progresse mais c’est pas encore comme Nantes.

Et ça vient beaucoup des associations ici

Oui ! Il y a un super tissu associatif qui bouge beaucoup. On croirait pas d’ailleurs comme ça, en arrivant on se dit « oulalala morlaix… », mais en fait ça bouge dans tous les sens. Y’a vraiment beaucoup de trucs et les gens sont très gentils. Il y’a vraiment un vivier de choses à faire et notamment au niveau du développement durable. De beaux projets ont été montés que ce soit les Incroyables comestibles, Les Temps-Bouilles…. Et ça vient des citoyens ! C’est ça qui est bien. Ils ont pas attendu que ça vienne d’en haut.

Qu’est ce qui est inratable à Morlaix selon toi ?

Le Ty Coz ! Forcément ! C’est un lieu emblématique de Morlaix, il y a un mélange de tradition et de modernité dans le bar qui est assez sympa. Et il se passe vraiment des trucs, beaucoup d’animations, beaucoup de gens gentils. C’est vraiment un lieu convivial, il faut aller au moins une fois au Ty Coz !

Et la baie de Morlaix et vraiment super belle !

Qu’est ce que tu serais prête à faire dans ton quotidien pour être plus Slow Life ?

Me calmer. On dirait pas comme ça mais je suis très stressée intérieurement donc il faut que j’apprenne à me détendre, ce que je n’arrive pas à faire. Prendre le temps de faire les choses et pas vouloir faire 15 000 trucs en même temps.

Tu as rencontré beaucoup de gens au cour de tes reportages, quelles rencontres t’ont le plus marqué ou touché ?

Alors il y a un reportage qui m’a marqué c’était en 2011, à l’époque où on faisait le magazine papier. On avait été faire un reportage sur la pêche au bar au Raz de Sein. On a pris le bateau, il devait être 5h du matin. J’ai été malade pendant toute la journée, une catastrophe, un mal de mer épouvantable. Et pourtant si on me demandait de le refaire, je le referais sans hésiter, parce que c’était fantastique. J’avais jamais vécu ça de ma vie. Je crois que ça restera un moment gravé dans ma mémoire ce reportage. Moi je suis une fille de la campagne, pas du tout de la mer, je ne connaissais rien, j’étais vraiment impressionnée.

Vandana Shiva. On a fait une interview avec elle, c’était pas prévu. On nous a dit « Vous allez interviewer Vandana Shiva ! » « Ah ouais d’accord, ok. ». Donc on y va, en impro parce qu’on avait rien préparé. C’était à Rennes, à l’Université d’Eté de la Solidarité internationale. Elle est vraiment super impressionnante et c’est quelqu’un qui est très chouette.

Génial aussi, Ricardo Petrella qui est l’ancien rapporteur à l’ONU sur l’eau et ancien commissaire européen, enfin quelqu’un avec un CV impressionnant. Je l’ai interviewé dans la cantine de l’école de Silfiac, un samedi matin, comme ça à 11h du mat’ et génial ! On a envie de le suivre, il est hyper engagé, très simple, super.

Paul Ariès, un sociologue spécialiste de la décroissance vraiment génial à écouter et puis Gilles Bœuf, j’oubliais Gilles Bœuf !

Qu’est ce que ça t’apportes toutes ces rencontres ?

Tu ressors de là t’es gonflé. Mais pas seulement celles là, celles de tout le monde en fait. Dès qu’on va voir quelqu’un qui est passionné par son métier, ou son asso’, ou son quotidien, il a des petites étoiles dans les yeux. Et tu te dis « ah c’est génial. J’ai envie de savoir ce qui le motive. J’ai envie de parler de ce qu’il fait parce que ça à l’air super. Il a vraiment des étoiles partout dans les yeux. On a envie de le suivre. ». Et ça peut être dangereux parce que des fois on a tendance à se laisser embarquer. Toujours garder un peu de distance.

Mais quand tu rencontres des gens qui sont vraiment passionnés et qui ont les yeux qui brillent quand ils parlent de leurs trucs, c’est super quoi ! Là tu te dis il y a encore des gens qui ont la foi dans ce monde, c’est beau. (rires)

Finalement tu l’as dit l’environnement et le développement durable au départ ce n’était pas forcément ta tasse de thé, alors qu’est ce qui te raccroche à Eco-bretons et à ce milieu là, la rencontre de gens passionnés ?

Oui c’est ça les gens passionnés et toutes les alternatives que l’on peut mettre en place à notre niveau, sans avoir fait des études supérieures de fou, sans être issu d’un milieu social hyper favorisé, sans venir de grande métropole. Non t’as un gars dans la campagne, il est resté là peut-être toute sa vie mais il fait des supers trucs. Ça montre que tout le monde peut le faire, les gens ne sont plus dans des cases, il n’y a plus d’élite. C’est ça qui est vachement intéressant, l’innovation du quotidien, accessible à tout le monde. Et d’être positif aussi ! Les gens sont déjà suffisamment plombés, je pense par l’époque, par ce qui se passe, par le quotidien. Donc si on arrive à faire réfléchir les gens mais de manière positive c’est vachement mieux.

Et puis on découvre plein de trucs qui sont dans notre quotidien juste à côté de chez nous et on ne le sait pas, on est parfois beaucoup plus préoccupé par des choses qui nous dépassent et qui sont ailleurs. Mais parfois c’est à côté que ça se passe aussi. La proximité.

Merci Marie !

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Inès Caradec

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