Toilettes sèches, récupérateurs, adaptation du jardin : comment économiser l’eau à la maison ? Témoignages

Toilettes sèches, récupérateurs, adaptation du jardin : comment économiser l’eau à la maison ? Témoignages

Frappée par une sécheresse historique, la Bretagne fait face à une crise de l’eau sans précédent. Alors que la sobriété à tous les niveaux s’impose, et qu’il va falloir repenser et adapter les usages à l’aune du réchauffement climatique, des habitant·e·s de la région partagent leurs solutions concrètes, leurs astuces du quotidien et leurs bons gestes pour réduire leur consommation.

Le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré dans le pays, d’après Météo France. Et avec un déficit de précipitations de 70% en moyenne, il est le 3e mois le moins arrosé après juillet 2022 (85%) et juillet 2020 (75%). La Bretagne n’échappe pas à cette sécheresse sévère : les quatre départements de la région administrative sont désormais placés en situation de crise. La pluie se fait attendre, le vivant et les cours d’eau souffrent. Le spectre de l’arrêt de l’eau au robinet n’est pas loin, d’autant que 76% de l’eau potable provient des eaux de surface, du fait de la géologie particulière de la région. Le changement climatique est là, et va amplifier ce type de crise dans les années à venir.

Professionnels et particuliers sont donc invités à économiser l’eau. La sobriété des usages est désormais le mot d’ordre. Comment faire chez-soi ? Quels sont les bons gestes à adopter ?

Plusieurs habitant.e.s de la région partagent leurs expériences :

Laëtitia Crnkovic, habitant Trégastel (22), est consultante en transition écologique et réduction des déchets, formatrice, créatrice de « l’écologie joyeuse ». Elle a notamment coordonné le défi familles de Lannion Trégor Communauté dans le cadre de la campagne « Mollo sur l’eau », et a ainsi accompagné 20 familles dans leurs économies d’eau à la maison.

Voici ce que Lætitia a mis en place dans son foyer :

« – Deux récupérateurs d’eau de pluie
– Des réducteurs de pression : 2 litres dans la salle de bain, 5 litres dans la cuisine, 7 litres pour la douche (souvent dans une salle de bain, nous avons 8 litres / min en débit, dans la cuisine 10-12 l et la douche ça peut aller jusqu’à 18 litres)
– On ne prend plus de bain, soit 150 à 200 litres d’eau ! (ce qui était un de mes plus grands plaisirs, mais on se déshabitue de tout)
– 3 à 4 douches par semaine, et pour le reste, c’est toilette de chat
– On coupe l’eau sous la douche, on coupe l’eau quand on se brosse les dents
-Nous prenons de petites douches – environ L (au lieu de 50 L en moyenne.)
– Nous récupérons l’eau de la douche et de l’évier si besoin
– Nous avons un compteur d’eau dans la douche, un sablier et un pommeau de douche coloré.
– Mode éco des lave-vaisselles et lave-linge (toujours remplis au maximum)
– On ne lave jamais notre terrasse, nos dalles.
( On lave notre voiture (2 fois / an) soit à l’eau de pluie, soit en station (eau en circuit fermée donc plus économe que de le faire à la maison)
-Nous n’arrosons jamais notre pelouse et arbres
-Nous avions un potager très économe en eau et maintenant nous n’avons que des plantes aromatiques qui ne demandent pas d’eau
-Nous ne tirons pas la chasse d’eau à chaque pipi (et jamais la nuit)
-Nous avons réglé le flotteur de la chasse à mi-cuve et nous économisons 3 litres d’eau par chasse d’eau.

Elle précise aussi « Nous réduisons également notre « empreinte » eau : en mangeant 100 % végétarien pour toute la famille (1kg de bœuf entraine la consommation d’environ 15 000 litres d’eau). Et nous faisons très attention à nos achats matériel (seconde main, réparation) car eux aussi ont une empreinte eau. Nous n’utilisons pas ou très très peu l’IA, qui est très gourmande en eau également ».

« Avec tout cela, vous pouvez réduire votre consommation d’eau de 20 à 30 % facilement », conclut-elle.

Pascale Perron, lectrice, nous explique quant à elle qu’elle récupère l’eau de lavage des légumes et celle d’attente de l’eau chaude pour l’arrosage. Au jardin, ombragé, elle privilégie le paillage au maximum et le tond peu.

Brett Padus explique utiliser « des toilettes sèches ». « Toute l’eau de douche, vaisselle etc est récupérée pour arroser ou tirer la chasse des wc normaux ». « Et ça, c’est toute l’année, pas juste pendant la sécheresse ! », précise-t-il.

Toilettes sèches également du côté de chez la finistérienne Laurence : « J’ai commencé par installer des toilettes sèches, voilà maintenant 4 ans. Une très bonne façon de réduire sa consommation d’eau potable en préservant la ressource et de fournir à son jardin un excellent compost. On estime en effet que la chasse d’eau consomme jusqu’à 9 litres d’eau en moyenne à chaque passage aux toilettes, voire plus pour les anciens équipements. Ce qui fait environ 36 litres par jour et par personne, soit plus de 13 000 litres d’eau potable par an.

Faire tourner en solo son lave-linge (environ 50 litres d’eau par cycle) ne m’a vraiment pas paru pertinent. C’est pourquoi celui qui est chez ma mère est mutualisé avec mon frère et moi : une bonne façon de continuer de laver utilement notre linge sale en famille ! »

Sophie, habitante de Taulé (29), est adepte des récupérateurs d’eau de pluie, reliés aux goutiières « dont une poubelle ! », s’amuse-t-elle. Elle signale également que ses beaux-parents ont systématiquement un récipient quand ils lavent sans savon, et se servent de l’eau ainsi récupérée pour arroser le jardin.


Le calculateur d’empreinte eau

« L’empreinte eau » est l’ensemble de l’eau utilisée pour produire les biens et services du quotidien que nous consommons : celle nécessaire à la production de fruits et légumes et céréales, à la culture du coton pour les vêtements, à la production d’aliments pour les animaux d’élevage, à l’extraction des minéraux pour le numérique, ou encore celle nécessaire à la production d’électricité. On ne prend pas compte la consommation d’eau domestique, car elle est généralement rejetée dans le bassin versant après traitement.

Ainsi, il faut 75 litres d’eau pour produire un œuf, 195 000 litres pour un ordinateur, ou encore 30 000 pour un jean.

On peut calculer notre empreinte eau, au même titre que notre empreinte carbone, via le calculateur mis en ligne par l’Ademe : https://nosgestesclimat.fr/empreinte-eau

Pour réduire son empreinte eau, on peut :

  • privilégier les produits locaux et de saison
  • réduire sa consommation de viande
  • préférer l’eau du robinet
  • opter pour des vêtements plus durables ou de seconde main, ou encore en lin, chanvre et laine.

La régie publique de l’eau de Morlaix Communauté An Dour lance les « Ty Gestes »

Le service public de l’eau An Dour lance la campagne « Ty Gestes, pour que ça Dour », une campagne de sensibilisation grand public afin d’inciter chacun.e à adopter des petits gestes au quotidien pour économiser l’eau. Ils sont disponibles sur la page dédiée sur le site An Dour : https://www.andour.bzh/informations-utiles/les-ty-gestes/leau-que-nous-buvons-vient-de-nos-rivieres

En Bretagne, on manque d’eau !

La Région Bretagne a également lancé une campagne, depuis 2023, sur la rareté de l’eau en Bretagne : elle rappelle la particularité du sol breton qui est très rocheux, et qui laisse peu passer l’eau vers les nappes phréatiques. Plus d’infos : https://www.bretagne.bzh/actualites/campagne-eau/


En savoir plus :

Mémento de l’Observatoire de l’Environnement en Bretagne « La ressource en eau face au changement climatique »

Le site de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne

Le site d’Eau et Rivières de Bretagne

VigiEau

Marie-Emmanuelle Grignon