Lorient : L’expérimentation de Sécurité Sociale de l’Alimentation va démarrer début novembre
Garantir une alimentation de qualité pour tous tout en sécurisant le revenu des producteurs : c’est le pari de la caisse commune de Sécurité sociale de l’alimentation qui va ouvrir le 5 Novembre avec une première phase de test de 6 mois à Lorient. Portée par le collectif Crea-SSA et l’association Cohérence) cette caisse commune a pour particularité des cotisations indexées sur les revenus et le patrimoine, la rémunération directe des agriculteur.rice.s, des produits disponibles au centre social de Keryado, et des repas partagés cuisinés avec les produits des producteur.ices conventionnés par des cantines partenaires dans un premier temps. En amont du démarrage officiel prévu début novembre, un parcours d’intégration s’est ouvert ce 24 septembre pour embarquer les futurs membres dans ce système solidaire et écologique. Article écrit avec l’association Cohérence.
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L’expérimentation d’une caisse commune de Sécurité Sociale de l’alimentation s’apprête à être lancée officiellement début novembre dans le Pays de Lorient, pour une durée test de 6 mois. Le fruit d’un travail qui a démarré en 2024, accompagné par l’association Cohérence.
Objectif de la caisse, portée par le collectif Crea-SSA (Comité de Réflexion et d’Action vers une Sécurité Sociale de l’Alimentation) : expérimenter à petite échelle un système qui réduise la violence alimentaire pour les habitant.e.s, et qui réduise la précarité pour les producteurs et productrices. « Il s’agit de faire évoluer le système agricole et alimentaire actuel, et sortir du marché une partie de l’alimentation », peut-on lire dans le livret de présentation de l’initiative. Ceci afin de garantir un droit à une alimentation de base saine et durable, sécuriser la rémunération des producteurs et productrices, et répondre aux enjeux de la transition écologique et sociale ».

Rémunérer directement les travailleurs et travailleuses de l’alimentation
La spécificité de l’initiative morbihannaise réside dans son fonctionnement. Pour les caisses communes dite de « première génération », le « pot commun » est alimenté par les cotisation différenciées des membres en fonction des revenus, abondée parfois par des subventions éventuelles. Chaque foyer reçoit alors une allocation généralement comprise entre 100 et 150 euros. Parfois des ayant droits (enfants, conjoint.e….) reçoivent également un montant, mais moindre. L’allocation ainsi reçue permet d’acheter des produits dans un réseau de magasins et producteur.rice.s conventionnés.
Concernant l’expérimentation lorientaise, le « pot commun » existe toujours. Il reçoit les cotisations des membres selon un calcul « guidé ». « Le foyer participant va cotiser chaque mois en fonction de ses moyens, suivant un pourcentage de 5% des revenus nets, et 0,05% d’une partie du patrimoine net si celui-ci est supérieur à 200 000 euros, hors endettement », explique Sophie Bacrot, chargée de mission démocratie alimentaire au sein de l’association Cohérence.
Les cotisations ainsi récoltées permettent alors de rémunérer directement les travailleurs et travailleuses de l’alimentation, via un système de conventionnement, validé par les producteur.rice.s. « Ils et elles sont ainsi rémunéré sur d’autres critères que les lois du marché. On soutient ainsi vraiment les travailleurs et travailleuses de l’alimentation, on vient assumer collectivement les risques liés à la production », précise Sophie. « On en revient à l’essence même de la charte des Amap (Association pour Le Maintien d’une Agriculture Paysanne), et on organise en plus de la solidarité entre les membres ».
En échange du forfait de conventionnement, les producteur.rice.s livrent une partie de leur production directement à la caisse, basée au Centre Social de Keryado à Lorient. Ceux-ci sont alors ensuite répartis collectivement en fonction des besoins (composition du foyer, préférences alimentaires…). On y trouvera des fruits, légumes, des farines, ldes céréales (blé, lentilles, sarrasin), pain, œufs, huiles de colza et tournesol, des produits laitiers transformés de type fromage…Les productions répondent à un cahier des charges précis, qui exclut le recours aux produits phytosanitaires, et favorise le bien-être animal et salarié.
Un parcours d’inclusion des futurs membres depuis le 24 septembre
Autre spécificité du projet lorientais, imaginée à terme et en cours de construction avec l’équipe du centre social : une offre de « cantine » sera disponible lors des créneaux de distribution de produits, au centre social. « Les membres auront la possibilité de cuisiner ensemble, et pourront être accompagné.e.s par un.e cantinier.e », ajoute Sophie.
Ce modèle, testé dans un premier temps au centre social de Keryado, pourrait être dupliqué ensuite dans d’autres structures similaires de Lorient.
En attendant le lancement officiel de la Caisse, le « parcours d’inclusion des futurs membres » démarrera le 24 septembre. « Ce cycle d’intégration comprendra 6 séances », détaille Sophie. « Le but, c’est de se rencontrer, de répondre aux questions, de créer un « empouvoirment collectif », et de donner des clés communes aux nouveaux membres et aux plus anciens ». Il est ainsi nécessaire qu’au moins un adulte par foyer participe à deux rencontres au choix, afin d’intégrer définitivement la caisse.
Plus d’infos : https://ssalorient.org/
Le témoignage de Salo, qui participe à l’expérimentation (Propos issus du livret « Rencontres avec des membres du Comité Crea-SSA », recueil de paroles, mise en récit et illustrations de Sophie Bougrat.

« Selon moi, pour que la SSA fonctionne, il faut qu’on réussisse à se réorganiser ensemble et à se parler, à remettre de la communication par les lieux épicerie- cantine. C’est un prétexte pour se parler et s’organiser. C’est de la démocratie et de l’autogestion.Pour moi, la Sécurité Sociale de l’Alimentation c’est un projet révolutionnaire où les gens s’auto-organisent et réfléchissent en dehors d’un système pour faire avancer les choses. C’est un collectif qui se parle et qui réfléchit.
Peux-tu nous expliquer la particularité de la Caisse Locale de l’Alimentation de Lorient ?
Il y a plusieurs particularités à Lorient, mais je peux détailler celle sur la sécurisation des travailleurs de l’alimentation avec ma casquette de paysanne. L’idée est vraiment de venir révolutionner le droit agricole, pour réinventer le statut de paysan.ne. On réfléchit au statut d’associé-salarié dans des coopératives agricoles. Dans ces coopératives, il y aurait une propriété collective d’usage pour les personnes salariées.
Cela permettrait d’être rémunéré sur un temps de travail (et non seulement sur la production) et de bénéficier d’une protection sociale comme un salarié. Ça pourrait être à l’échelle d’un territoire, ou d’une ferme, ça engloberait plusieurs fermes pour permettre de mutualiser les outils agricoles mais aussi la propriété des fermes, ces salariés seraient propriétaires d’usage. Cela permettrait de sortir de la propriété privée.
Pour moi, sortir de la propriété privée, du système capitaliste et individualiste, est le seul moyen d’aller vers un service public qui n’ait plus comme valeur l’argent. Le risque sera alors assumé collectivement, l’endettement n’existera plus, il n’y aura alors plus de pression. Malgré tout, il y a quand même un enjeu de se rémunérer, on flécherait donc les cotisations pour rémunérer les personnes
D’où est venue cette particularité ?
C’est la rencontre avec Bernard Friot qui a bousculé notre vision de la Sécurité Sociale de l’Alimentation, cela a fait qu’à Lorient on a pris un autre chemin que les autres caisses de l’alimentation ailleurs en France. On s’est alors beaucoup questionné sur la sécurisation des travailleurs de l’alimentation. Et puis nous sommes allés aux rencontres inter-caisses, ce sont des recontres pour échanger avec les autres Caisses de l’alimentation en expérimentation un peu partout en France. Il y a une centaine d’expérimentations en France, et dont plusieurs à l’échelle de la Bretagne ! C’est un moment de rétrospectives et les caisses plus avancées ont pu dire avec honnêteté ce qui ne marchait pas, dans les partenariats par exemple.
Ces rencontres et apprentissages ont permis de nous dire qu’on avait envie de prendre d’autres chemins que les autres caisses, de tester autre chose sur le Pays de Lorient.

