Secrets de l’océan profond : connaitre pour mieux protéger

Secrets de l’océan profond : connaitre pour mieux protéger

Saviez-vous que la surface de la Lune nous est plus familière que le fond de nos propres océans ? Dans leur livre Secrets de l’océan profond, les chercheurs Juliette Ravaux et Sébastien Duperron nous plongent au cœur des abysses. Elles abritent une biodiversité extraordinaire et encore largement mystérieuse. Pourtant, ce « bien commun » subit déjà de plein fouet l’impact des activités humaines. A travers leur ouvrage, les deux scientifiques dressent un état des lieux de nos connaissances et nous alertent sur l’urgence de préserver ce sanctuaire fragile.

« On connait actuellement mieux la surface de la Lune et de certaines planètes du système solaire que nos océans ». C’est l’un des constats qui est fait dans le livre « Secrets de l’océan profond », paru aux éditions Quae dans la collection « Carnets de sciences ».

Les auteurs, Juliette Ravaux, maitre de conférence à Sorbonne Université enseignante en biologie animale, et Sébastien Duperron, professeur au Museum National d’Histoire Naturelle et spécialiste d’écologie microbienne, nous entrainent à la découverte d’un monde fascinant et mystérieux à bien des égards : les grandes profondeurs océaniques, qui peuvent s’étendre à plusieurs kilomètres sous la surface.

Peu à peu cependant, les connaissances sur le sujet se développent : on sait aujourd’hui que les paysages sous-marins sont immenses et très diversifiés. « Le fonds des océans est une mosaïque de reliefs », nous rappellent ainsi les deux auteurs. On y trouve les plaines abyssales, les dorsales océaniques, les fosses (telle la célèbre Fosse des Mariannes, qui a la profondeur record de 10912 mètres) ou encore des guyots, des monts sous-marins, anciens volcans éteints. On connait également, mais seulement depuis 1977, les sources hydrothermales sous-marines, étudiées pour leur écosystème remarquable.

Les connaissances sur la manière dont s’adaptent les organismes à ces grands fonds ont également progressées : là où la lumière est très faible ou absente, la bioluminescence (lumière émise par les organismes à la suite d’une réaction chimique) permet de se nourrir, se diriger, se reproduire…Une morphologie particulière permet aussi de voir ou d’être vus : yeux très sensibles à la lumière, lanterne bioluminescente pour la baudroie abyssales…Les stratégies d’adaptations sont nombreuses, et beaucoup restent encore mystérieuses ! Même mystère sur le nombre d’espèces abyssales. « Est-il possible de dresser un inventaire complet des espèces abyssales ? Sont-elles réparties au hasard ou leur distribution est-elle contrainte par des frontières sous-marines ? Quelle est l’origine évolutive des faunes abyssales, et comment ont-elles colonisées les profondeurs ? Autant de questions auxquelles nous n’avons que peu de réponses, car nous sommes encore loin d’avoir exploré la totalité des océans », nous disent les deux auteurs.

Malgré tout, l’océan profond, ce « bien commun », subit les impacts de nos activités humaines : on pêche dans les grandes profondeurs, on y recherche des métaux rares, on y découvre de nouvelles molécules. On y retrouve même du plastique ! Entre préservation du milieu et exploitation, il va falloir trouver un équilibre, et protéger ce milieu exceptionnel.

C’est bien là tout le sens du livre : nous montrer qu’il est important de mieux connaitre les grandes profondeurs marines, milieux sur lesquels les questions sont encore plus nombreuses que les réponses. Tout ceci afin de mieux gérer leur exploration et de préserver le vivant. Juliette Ravaux et Sebastien Duperron nous donnent ici les clés pour mieux cerner l’état des connaissances et comprendre les enjeux actuels liés aux grandes profondeurs. Utile et pédagogique.

« Secrets de l’océan profond », de Juliette Ravaux et Sébastien Duperron, 143 pages, collection « Carnets de Science », édition Quae, 23,50 euros.

Marie-Emmanuelle Grignon