NAEVUS, de Myriam Martinez, où l’impossible séparation du bon grain de l’ivraie

Plongée dans l’univers artistique  et le parcours de Myriam Martinez, plasticienne installée dans le Trégor finistérien, qui présente actuellement à La Virgule de Morlaix (jusqu’au 24 septembre), avec la complicité de l’artiste sonore Iomai : NAEVUS, sa dernière installation… d’une étrange et inquiétante beauté. Texte suivi d’un entretien audio.

Les œuvres céramiques de Myriam Martinez portent le sceau de rencontres à la fois fortes et fragiles. Des œuvres tantôt claires et collectives, comme l’installation sonore en porcelaine suspendue, TAMBOUR D’EAU*, qu’elle a réalisée avec les résident.e.s de l’établissement médico-social Saint Michel à Plougouvest. C’était entre 2020 et 2021, dans le cadre du dispositif « Jumelage solidaire – L’art dans la chapelle » de l’association morlaisienne Les Moyens du Bord, soutenu par la DRAC Bretagne (Direction Régionale des Affaires Culturelles), l’ARS (Agence Régionale de Santé) et du dispositif Culture Solidaire du Conseil départemental du Finistère. Une expérience humainement intense, en plein confinement sanitaire qui lui a permis de prendre le temps – auquel elle tient tant – de la rencontre avec les personnes, avec le lieu, et avec en point d’orgue une inauguration musicale sous la forme d’un concert improvisé par Myriam, à la flûte traversière et Christelle Le Faou, « chamane à la vielle à roue », dans la chapelle de la résidence.

Et puis des œuvres tantôt sombres et personnelles, telle que l’installation NAEVUS**. Présentée une première fois au cours de l’automne 2021 à la Galerie parisienne Grès, NAEVUS est, là aussi, le fruit hybride de rencontres fortes : avec en premier lieu, la proposition du musée de la Briqueterie, à Langueux dans les Côtes d’Armor, ainsi que le Centre d’art sonore Le Bon accueil – l’installation ayant été conçue et finalisée avec l’artiste sonore Iomai, binôme de Myriam au sein de leur collectif MIOM. Avec le lieu même, un atelier du musée qui se situe face à la mer dans un contexte très beau et très sauvage, mais marqué par la présence envahissante d’algues vertes. Avec enfin, un ouvrage qui l’a beaucoup portée au cours de sa résidence : celui de William Hope Hodgson, « La chose et les algues », relatant des histoires hallucinées de mer et d’hommes, entre fantastique et épouvante.

En un hiver de tempête, depuis ces entrelacs de rencontres et des profondeurs de la création toujours mystérieuses, sont venues à Myriam des idées de restes archéologiques humains, de matières en décomposition, de résidus se démultipliant jusqu’à l’envahissement, ainsi que l’envie de travailler sur des textures d’accumulation avec un rendu d’émail donnant un aspect mouillé, vivant. Celle aussi de ne pas aborder frontalement la problématique des algues vertes, mais de la rendre bien présente, en l’inscrivant dans les désordres croissants de l’anthropocène, avec sa langue d’artiste. Ainsi, dans une mise en condition la mettant « dans un état particulier de travail», Myriam a créé en mode intensif, durant 2/3 mois, 12 heures par jour non-stop, beaucoup de pièces, « toutes sorties dans une même direction».

Dans la présentation écrite de l’oeuvre, elle précise : « NAEVUS signifie en latin grain de beauté et maladie de la peau à la fois, la frontière entre les deux me permet de donner couleur à mes sculptures noires, dans leur expression. Les sculptures en grès noir sont point par point émaillées, ce qui donne l’aspect d’un épiderme visqueux et vivant. NAEVUS impose un paysage maritime qui survit au passage d’une vague, qui laisse derrière elle les restes d’une archéologie du vivant. Un retour à l’état de mollusque marin, qui pourtant est à notre origine. NAEVUS comme un point de Beauté qui demeurera après notre passage. »

L’exposition NAEVUS est visible jusqu’au 24 septembre prochain, à La Virgule, tiers-lieu culturel de la Ville de Morlaix (9, rue de Paris) : https://www.facebook.com/LaVirguleMorlaix/

Dans l’entretien audio qui suit, Myriam Martinez nous livre des éléments de son parcours artistique pluriel, de son installation en Bretagne après Perpignan puis Paris, de son goût à faire avec d’autres qui ne vivent pas dans les mêmes conditions que nous, de son regard d’artiste, empreint à la fois d’une belle étrangeté et d’une sourde inquiétude.

 

 

 

* Vidéo de l’installation TAMBOUR D’EAU : https://www.youtube.com/watch?v=rR13j2JgZwY&t=41s

** Vidéo de l’installation NAEVUS :https://www.youtube.com/watch?v=l8JYbxxZSfY&t=45s  Soutiens: musée de La briqueterie, Le Bon Accueil, La Drac Bretagne, Les Fonds Régnier pour la Création.

Crédit Photo : Myriam Martinez : https://www.myriammartinez.com/

 


Eco-Bretons vous propose une information gratuite. Pour pouvoir continuer à le faire, nous avons besoin de vos contributions ! Chaque don, même tout petit, compte. Et en plus, c’est déductible de vos impôts, Eco-Bretons étant une association reconnue d’intérêt général !

Propulsé par HelloAsso



Parc Naturel Régional d’Armorique : votez pour vos initiatives préférées !

La campagne de vote pour soutenir les initiatives sélectionnées par le Parc Naturel Régional d’Armorique est lancée. Cette année, 10 projets ont été retenus, dans deux catégories : ceux « soutenant l’activité économique », et ceux « portés par des associations ou des collectifs de citoyens ». Les internautes ont jusqu’au 18 septembre pour faire leurs choix. Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement technique et financier.

 

Depuis 2018, le Parc Naturel Régional d’Armorique lance sa campagne de soutien aux initiatives du territoire. L’objectif est de « soutenir des projets qui partagent les valeurs du Parc (respect de l’environnement, attachement au territoire, dimension humaine et sociale) et contribuent au dynamisme, au développement local et au bien-vivre des habitants. », peut-on lire sur le site internet du PNR.

Dix projets sont actuellement en lice :

Parmi la catégorie « Soutenant des activités économiques », on trouve des projets tels que la création d’un espace dédié au bien-être en forêt et à la sylvothérapie à Crozon, la création d’un tiers-lieu, le Stal, autour de la création et de la transmission des savoirs et créativité au travers de pratiques artisanales et artistiques à Plounéour-Menez, ou encore une brasserie de kéfir de fruits et un atelier de transformation agro-alimentaire en agriculture biologique et zéro déchets à Plougonven.

Du côté des initiatives portées « par des associations ou des collectifs de citoyens », on peut voter pour des projets tels qu’un festival de photographies animalières, créé par l’association Ti Menez Are de Brasparts, ou encore le développement d’ateliers collectifs et de stage autour du maraichage, par l’association Bargho Nature de Pleyben.

 

Les projets sont actuellement soumis au vote du public. Ils vont être présentés également à un jury de techniciens et d’élus. Attention : on ne peut voter qu ‘une fois, et pour un seul projet dans chacune des deux catégories.

Pour découvrir les projets en lice et voter, direction https://www.pnr-armorique.fr/blog/actualite/appel-aux-initiatives-place-aux-votes/

 


Eco-Bretons vous propose une information gratuite. Pour pouvoir continuer à le faire, nous avons besoin de vos contributions ! Chaque don, même tout petit, compte. Et en plus, c’est déductible de vos impôts, Eco-Bretons étant une association reconnue d’intérêt général !

 

Propulsé par HelloAsso



Une bibliothèque d’objets va ouvrir ses portes à Quimper

A Quimper (29), une bibliothèque d’objets va voir prochainement le jour. L’Objethèque de Cornouaille, portée par l’association du même nom, proposera à ses adhérent.e.s des objets en prêt, sur le même principe qu’une bibliothèque ou une médiathèque. Un bon moyen d’allier écologie et économie.

Emprunter un parasol, un télescope, une débroussailleuse…plutôt que d’encombrer sa cave ou son grenier et ne l’utiliser que deux fois dans l’année, ce sera bientôt possible à Quimper (29), grâce à l’Objethèque de Cornouaille. Si le concept existe déjà aux Etats-Unis, au Canada, et même en Suisse, il est encore rare en France, et inédit en Bretagne administrative. C’est Benjamin Sahun qui est derrière son implantation à Quimper. Après des expériences professionnelles dans l’agroalimentaire, la grande distribution et le commerce, il arrête de travailler en 2019 et est demandeur d’emploi. «J’en ai profité pour réfléchir sur mon fonctionnement, par rapport à ce que j’avais vécu, et à mon utilisation des objets du quotidien. Je faisais aussi beaucoup de vente d’occasion par internet. Et j’ai découvert l’existence des objethèques aux Etats-Unis et au Canada », explique-t-il. Il se met alors en quête d’expériences françaises, et part dans les Alpes et à Nantes, voir les solutions existantes. Benjamin devient également bénévole pour la ressourcerie Treuzkemm, afin de « découvrir le fonctionnement associatif lié au domaine de la récupération et de l’occasion ».

Le projet se construit petit à petit, et une association est créée en septembre 2021. L’Objethèque a également intégré le Tag29, afin de développer un modèle économique autour du projet. « Depuis peu, on a aussi un local à l’Embarcadère à côté de la gare, et on va lancer une phase de teste dès le 11 juin ». A partir de cette date et durant deux mois, on pourra essayer l’objethèque, en adhérant à l’association pour 10 euros. Un bon moyen de découvrir le fonctionnement de cette bibliothèque d’objets, qui est simple : moyennant un abonnement à l’année, il est possible ensuite d’emprunter des objets du quotidiens, « relativement chers, empruntés pour une durée limitée, dont on a un besoin ponctuel et qui sont facilement transportables », souligne Benjamin, qui espère pouvoir mettre à disposition à terme une gamme de 3 à 4000 références. Des ateliers seront également proposés, afin de réparer/fabriquer ou d’apprendre à utiliser un objet. « On espère avoir aussi des espaces avec des machines-outils, qu’on pourra réserver par créneaux ». Il reste maintenant à trouver des ressources pour dénicher un local, et par la suite pouvoir créer des emplois. En attendant, l’association lance un appel aux bénévoles, et aux dons d’objets. L’occasion aussi, espère Benjamin, pour les citoyen.ne.s, de changer « sa façon de consommer au quotidien, en n’ayant pas peur de mettre ses objets en partage ! ».

 

Plus d’infos

https://objethequecornouaille.fr/

 


Eco-Bretons vous propose une information gratuite. Pour pouvoir continuer à le faire, nous avons besoin de vos contributions ! Chaque don, même tout petit, compte. Et en plus, c’est déductible de vos impôts, Eco-Bretons étant une association reconnue d’intérêt général !

 

Propulsé par HelloAsso



A Brest, Locamusics Records veut faire entendre la voix des femmes dans le rap

A Brest, Lætitia Dagorn, alias Letyss, veut casser l’image de la femme stéréotypée véhiculée par le rap. Avec son projet Locamusics Records, accompagné par l’incubateur du Tag29, elle veut leur donner la possibilité de prendre la parole et leur place et milite pour que cette musique, la plus écoutée actuellement, soit plus inclusive et éthique.

Mettre en avant les femmes et casser l’image qu’en renvoie le milieu du rap, voilà ce qui anime Lætitia Dagorn et son projet Locamusics Records. La trentenaire brestoise, rappeuse sous le nom de Letyss et animatrice culturelle, baigne dans ce milieu depuis ses 19 ans. « Quand j’ai commencé, le rap était encore une musique militante, qui revendiquait l’égalité pour tous et toutes », explique-t-elle. « Mais au fil des années, j’ai l’impression que la situation s’est dégradée. On le voit notamment via les clips ». Durant le confinement, elle décide alors de lancer un sondage en ligne, afin de permettre aux femmes du milieu du rap, et plus largement de la musique, de s’exprimer. « Dans les réponses, elles expliquaient qu’elles ne se retrouvaient pas dans l’industrie musicale du rap », analyse-t-elle. Elle décide alors de créer un accompagnement spécifique, un « bootscamp », baptisé « Women want to be heard ». Sept femmes de 18 à 44 ans vont y participer, et suivre des ateliers, en non-mixité et toutes ensemble. Certaines d’entre elles ont par ailleurs participé au tremplin national« Rappeuz » lors d’une étape de sélection qui s’est déroulée à Brest. « Il y a énormément de femmes talentueuses, mais elles n’osent pas assez et se brident », estime Lætitia. « L’idée, c’est d’être un signal pour toutes les autres, de donner une place à la femme dans sa diversité, et aussi de changer les propos tenus dans le milieu du rap ». On pourra entendre prochainement les participantes sur un titre qu’elles ont enregistré avec la Carène, la salle de musique actuelles de Brest.

 

Les participantes aux ateliers

 

Militer, faire évoluer les mentalités, se battre contre les injustices, c’est aussi ce que veut faire Lætitia à travers son projet, qui est par ailleurs accompagné par l’incubateur du Tag29. Un dispositif qui a permis à la jeune femme de se créer un réseau et de « bénéficier de la force du collectif ». « On est beaucoup à vouloir un monde différent, on est en train de concrétiser nos idées pour cela, et c’est beau ». De quoi lui donner de l’espoir pour le futur, et aussi pour le rap. « La génération qui arrive sera davantage dans la mixité. Et il y aura une nouvelle vague venue des femmes, j’en suis persuadée ! ».

 

Plus d’infos

https://locamusicsrecords.com/

 

 


Eco-Bretons vous propose une information gratuite. Pour pouvoir continuer à le faire, nous avons besoin de vos contributions ! Chaque don, même tout petit, compte. Et en plus, c’est déductible de vos impôts, Eco-Bretons étant une association reconnue d’intérêt général !

Propulsé par HelloAsso

 




Cellaouate transforme les journaux collectés en Bretagne en ouate de cellulose

Depuis 12 ans, l’entreprise Cellaouate, basée à Saint-Martin-Des-Champs à côté de Morlaix, fabrique de la ouate de cellulose, isolant naturel fabriqué avec 90% de papier. Pour s’approvisionner, elle a mis en place un système de collecte qui permet le financement de plus de 800 associations partenaires sur le territoire breton. Une cartographie détaillée est désormais disponible sur son site, pour permettre aux breton.ne.s, et plus particulièrement aux habitant.e.s du Finistère, de déposer ses journaux au point de collecte le plus proche de chez soi.

11 salarié.e.s, plus de 3 millions d’euros d’investissement de départ, et une capacité de production de 10 000 tonnes annuelles. Voilà quelques chiffres qui illustrent le développement de Cellaouate. Basée à Saint-Martin-des-Champs juste à côté de Morlaix, l’usine produit de la ouate de cellulose, isolant thermique et acoustique, fabriqué à partir de 90% de papier journal. Un projet qui a démarré en 2007, lorsque l’ESAT des Genêts d’Or, installé à Landivisiau, cherchait une activité pour ses salarié.e.s. La collecte et le tri du papier apparaissent alors comme particulièrement adaptés. La Scop Kejal, bureau d’étude spécialisé dans l’économie sociale et solidaire et le développement durable, est alors mandatée pour réaliser une étude, et confirme la viabilité d’un tel projet sur le territoire et l’intérêt d’une valorisation locale pour la fabrication de ouate de cellulose.

En septembre 2009, Cellaouate est alors créée par les associés de Kejal, l’usine se construit entre septembre 2009 et juin 2010, et la production est lancée depuis cette date.

Aujourd’hui, Cellaouate produit de la ouate de cellulose, « dont l’approvisionnement est en grande partie local », explique Anne Robic, chargée de mission collecte associative. L’entreprise a ainsi créé un modèle de collecte qui s’appuie sur plus de 800 associations bretonnes partenaires : associations de parents d’élèves, mais aussi à vocation culturelle, humanitaire, sportives…qui récupèrent des journaux. Ceux-ci sont ensuite revendus directement à Cellaouate qui les récupère lors de tournées quotidiennes, ou alors déposés par les associations elles-mêmes à l’usine. Un système gagnant-gagnant pour les acteurs associatifs mais aussi pour l’entreprise. « Le prix d’achat n’est pas indexé sur le cours du papier, il reste fixe », explique Anne Robic. Ce sont ainsi plus de 200 000 euros qui sont versés annuellement aux associations partenaires.

Les liens avec les ESAT sont également toujours d’actualité, puisque deux établissements des Genets d’Or, à Briec et à Landivisiau, sont mobilisés pour le tri des invendus du Télégramme, quotidien papier qui est imprimé à Morlaix. « C’est la deuxième source d’approvisionnement, après les associations », précise Anne Robic. Cellaouate rachète là encore le papier aux ESAT.

Afin de proposer une meilleure visibilité aux associations partenaires, l’entreprise a mis en place une cartographie sur son site internet. « Le but, c’est que tout habitant.e breton.ne puisse s’y référer pour trouver le point de collecte le plus proche de son domicile, et toutes les indications nécessaires pour savoir où, quand et comment déposer son papier journal auprès d’une association », détaille Anne Robic. Une manière aussi pour Cellaouate de sécuriser encore plus son approvisionnement en local, et pour les associations de collecter plus d’argent afin de mener à bien leurs activités sur le territoire breton. Un « cercle vertueux », qui permet aussi de faire connaître davantage la ouate de cellulose et l’isolation naturelle, et de sensibiliser ainsi aux enjeux liés à l’éco-construction.

 

Plus d’infos :

Le site de Cellaouate

La carte des associations partenaires

 


Eco-Bretons vous propose une information gratuite. Pour pouvoir continuer à le faire, nous avons besoin de vos contributions ! Chaque don, même tout petit, compte. Et en plus, c’est déductible de vos impôts, Eco-Bretons étant une association reconnue d’intérêt général !

 

 

Propulsé par HelloAsso



Le RESAM, au cœur de l’engagement des jeunes du Pays de Morlaix

(Plume Citoyenne) A la suite de la 2ème édition du Forum des Coopérations des Transitions ayant eu lieu le samedi 11 juin à l’Université de Lorient, Cohérence publie une série d’articles sur la thématique de l’engagement.

Pour ce premier article, nous avons pu échanger avec Andrea Lauro, animateur au RESAM, du Centre de ressources, pour le conseil, la formation, le matériel, le site internet et l’engagement citoyen, notamment de jeunes.

Cohérence : « Peux-tu nous présenter le RESAM ? »

Andrea : « Oui, le RESAM c’est le Réseau d’échanges et de services aux associations du Pays de Morlaix. Le RESAM est né au début des années 2000 suite à une recherche-action liée au développement d’emploi pour les jeunes, en tant que service au sein de la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC). On a vu qu’il y avait de nombreuses associations sur le pays de Morlaix mais que celles-ci étaient isolées. On a donc voulu donner tout d’abord donner les moyens à ces associations de se rencontrer. C’est de là qu’est né le RESAM. Puis 10 ans plus tard, en 2011, le RESAM est devenue une association autonome avec un effectif qui s’est étoffé jusqu’à 5 à 7 personnes aujourd’hui.

L’année dernière, le RESAM a réalisé un dispositif local d’accompagnement, dispositif public permettant aux associations employeuses, structures d’insertion par l’activité économique et autres entreprises d’utilité sociale de bénéficier d’accompagnements sur mesure afin de développer leurs activités, de se consolider et à créer ou pérenniser des emplois.

À la suite de cet accompagnement, il a été décidé de changer le modèle de gouvernance pour adopter un modèle inspiré des principes de la sociocratie. Le RESAM est composé de 7 cercles autonomes et reliés (richesses humaines, finances, engagement, formation et services, observatoire, porte vois, vie associative et territoire et salarié.e.s). Chaque cercle est représenté au Conseil d’administration qui participe également à la prise de décisions (ressources humaines et financements, etc.). Les adhérents rejoignent librement les cercles. Ce nouveau modèle de gouvernance est surtout pensé pour permettre la participation des associations (qui représentent 84% des adhérents) ainsi que des salariés du RESAM.

Le RESAM porte un projet d’accompagnement de la vie associative sous la forme de services. Mais la vocation principale c’est la volonté de faire réseau, de créer des rencontres dans une démarche d’éducation populaire. Les activités du RESAM sont principalement l’engagement des jeunes, la formation, la location de matériel, la mise à disposition d’informations, comme avec l’annuaire qui recense les associations en activité du pays de Morlaix. »

Réunion des jeunes au sein de l’espace 2D

Cohérence : « Comment parvenez-vous à susciter un engagement à travers vos activités ? »

Andréa : « Parfois, on y arrive et parfois pas. On arrive à susciter l’engagement dans la façon dont on approche les personnes. Faire réseau permet de faire connaître les associations et susciter l’engagement. On oriente les bénévoles vers les associations. Par exemple, en diffusant des informations, comme une demande de financement participatif d’une association, on aide des personnes à connaître une association.

On se fait l’intermédiaire entre les initiatives des associations avec des outils partagés. On suscite l’engagement en faisant connaître et en valorisant les missions des bénévoles sur le territoire. Pour ce faire, une plateforme pour le bénévolat qui recense toutes les missions existantes sur le pays de Morlaix a été créée. C’est un outil à la fois numérique et physique à travers l’animation de temps de rencontre. Cela fait le lien entre les acteurs, les nouveaux arrivants sur le territoire mais également les jeunes qui veulent s’engager dans la vie associative.

Il y a un réseau de solidarité à Morlaix et on essaie de faire « tâche d’huile » en communiquant par thématique. »

Cohérence : « Comment accueillez-vous les personnes venant vers vous ? »

Andrea : « Le RESAM a créé des outils et des ressources nécessaires à l’accueil des bénévoles. Par exemple, des soirées de rencontres avec les associations pour savoir comment on mieux accueillir les bénévoles.

Le RESAM porte également le projet du 2D-Espace libre, un lieu librement accessible aux jeunes de 18 à 30 ans afin qu’ils développent leurs initiatives, en dehors de toute institution. Cela favorise leur engagement sur un territoire.

Des structures, comme l’Université, le Lycée, la Mission Locale, les Points d’Accueil et d’Écoute Jeunes (PAEJ), la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC), la Ville de Morlaix, Morlaix Communauté y organisent également des événements pour créer du lien. Les clés de l’espace sont dans divers lieux dans la ville. Dans notre dimension d’accueil, y a l’idée que c’est un lieu brut et modulable pour y développer n’importe quel projet. Cela casse un peu les barrières.

Le 2D accueille un chantier d’insertion numérique de l’ULAMIR, des chantiers de jeunes bénévoles ou encore Odyssée, service d’accueil des mineurs étrangers isolés sur le département du Finistère. Tout cela favorise le croisement et la mixité des différents publics et participe à la dimension d’accueil. »

Cohérence : « Quels sont les facteurs de la coopération et les difficultés rencontrées pour la créer voire la maintenir une fois établie ? »

Andrea : « On coopère à différentes échelles. Par exemple, avec l’État au niveau départemental, le RESAM s’est engagé cette année dans la démarche Guid’Asso. Cette démarche existe également au niveau national et vise à labelliser les acteurs qui accompagnent les associations. On coopère également avec les collectivités et les bénévoles, qui eux-mêmes coopèrent entre eux. Les difficultés que l’on peut rencontrer sont souvent d’ordre financier ou politique. Par exemple, la collectivité avec laquelle on va travailler peut avoir une vision différente de la nôtre sur certains projets et coopérer peut s’avérer difficile surtout lorsque la collectivité est chargée du financement.

Entre associations, la coopération rencontre ses limites. Le sentiment d’exclusion sur des projets, la mise en concurrence entre les associations peut être des freins à la coopération. La coopération est difficile à maintenir quand une nouvelle personne intègre une équipe avec une vision des choses différente. Dans les périodes de surcharge de travail, on oublie de coopérer. La coopération demande du temps. Certains sujets amènent plus de coopération notamment sur l’accompagnement de la vie associative, sur l’engagement des jeunes, pour les formations des volontaires en service civique et lors de grands événements comme le festival des Solidarités, Festisol. »

Cohérence : « Quels moyens (communication, d’animation, humains) mobilisez-vous pour faire pour toucher le plus de monde ? »

Andréa : « Nous utilisons surtout des outils numériques comme la lettre d’informations hebdomadaire. Cela permet de faire découvrir les initiatives des membres du réseau aux adhérents et aux autres structures associatives. On utilise aussi un agenda partagé.

On a aussi créé un outil appelé Bénévol’art, qui est une sorte de charte expliquant le parcours de vie de l’association et la façon dont on accueille les bénévoles.

La rencontre directe fait aussi partie de nos outils. Au mois de septembre, le RESAM est présent sur les forums des associations. C’est l’occasion pour nous de rencontrer les associations et identifier leurs besoins, les mettre en relation avec d’autres associations, avoir des retours sur nos activités. On organise également des temps de travail collectif, des moments de rencontre comme les speed dating où les associations et les jeunes échangent en quelques minutes. »

Cohérence : « A quelle occasion et par quels moyens avez-vous réussi à toucher le plus grand nombre ? Pouvez-vous nous parler de cette expérience ? »

Andrea : « Une expérience qui a rencontré pas mal de succès, c’est le Festival des solidarités (Festisol), qui a eu lieu en novembre dernier et organisé par La Maison du Monde, collectif animé par le RESAM. C’est un festival très riche. Ce festival existe depuis plus de 20 ans et a lieu chaque année. C’est le rendez-vous annuel sur la solidarité qui réunit plusieurs associations autour de l’entraide. Il y a une thématique nationale (environnement, solidarité, etc.) sur laquelle on organise des conférences, des débats, des projections de films avec intervenant, spectacles, animations et témoignages. C’est toujours une réussite. C’est un événement qui mobilise les gens et sur lequel de nombreuses associations sont présentes et qui crée une dynamique territoriale. On a une communication collective et une mobilisation du réseau de chaque association. C’est un bon exemple de réussite et de mobilisation ce Festival et ce, grâce à la coopération entre association différentes, la mobilisation collective et le réseau de chaque association qui est mobilisé. »

Cohérence : « Comment est-ce que vous favorisez la connexion entre les acteurs de la transition sur le territoire du Pays de Morlaix ? »

Andrea : « On travaille en partenariat avec d’autres acteurs comme l’espace associatif de Quimper, le Mouvement Associatif de Bretagne (MAB) et le Réseau national des Maisons des associations. On travaille dans une dynamique de coopération avec les autres acteurs du territoire. »

Cohérence : « Merci beaucoup Andréa pour ce moment d’échange. »

Andréa : « Merci à vous. »