A la découverte des oiseaux hivernants sur la Lieue de Grève
À l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, la LPO Bretagne et Lannion Trégor Communauté ont invité le public à découvrir les oiseaux hivernants sur l’estran de la Lieue de Grève, à Plestin-Les-Grèves. Cette balade naturaliste a permis d’observer diverses espèces hivernantes, comme les bernaches cravants, huitriers pies ou courlis cendré. L’occasion aussi de sensibiliser au partage de l’estran, entre activités humaines et préservation de la faune sauvage avicole.
Ce mardi 17 février, le ciel se partage entre nuages, éclaircie et averses. Le vent souffle. Mais cela ne décourage pas les promeneurs de s’aventurer sur la Lieue de Grève, cette grande étendue de sable entre Saint-Michel-En-Grève et Saint-Efflam, dans le trégor costarmoricain. Ici, nous sommes sur un estran qui mesure près de 4 kilomètres de long. Lors des grandes marées, la mer peut se retirer à plus d’un kilomètre. De quoi faire de la grande plage un lieu idéal pour le char à voile par exemple.
C’est d’ailleurs le cas cet après-midi-là, où rendez-vous était donné par Lannion Trégor Communauté et la LPO Bretagne, pour une sortie à la découverte des oiseaux hivernants, dans le cadre des animations consacrées à la Journée Mondiale des Zones Humides, qui se déroule chaque année le 2 février, et qui est en réalité fêtée durant tout le mois.
Accompagné et guidé par Sonia Villalon, éducatrice nature à la LPO Bretagne, un groupe d’une quinzaine de personnes s’apprête à partir arpenter la plage, avant que la mer ne remonte. Muni.e.s de bottes, de chaussures de randonnées, et pour certain.e.s de jumelles, le groupe, une fois les présentations faites, descend le sentier qui mène sur l’estran. Sonia et Bénédicte, volontaire en service civique, installent deux longues-vues. Grâce à celles-ci et aux jumelles prêtées par la LPO, nous allons pouvoir observer les oiseaux qui passent l’hiver ici. En effet, de nombreuses espèces profitent du lieu pour se nourrir lorsque la marée descend. C’est le cas par exemple des courlis cendrés, que nous pouvons d’ailleurs observer aux jumelles et longue-vue. « Ils appartiennent au groupe des limicoles », explique Sonia. « Les limicoles se nomment ainsi car ils « collent le limon », ils s’alimentent en fouillant la vase ». La Bretagne est la région qui accueillent le plus de représentants de cette famille de petits échassiers. On y trouve donc les courlis, mais aussi les bécasseaux, les chevaliers, ou les pluviers.

En avançant encore un peu vers la mer, d’autres espèces se dévoilent, comme les huitriers pies. Eux-aussi limicoles, on les reconnait facilement à leur plumage noir et blanc, leurs pattes et leur bec rouge. « Ils sont très inféodés au littoral. Ils se reproduisent dans les îlots rocheux », précise Sonia. Certains sont nicheurs, présents toute l’année. D’autres ne viennent qu’en hiver. On estime ainsi que plus de 20 000 individus viennent s’ajouter aux permanents !
Soudain, des oiseaux s’envolent. Les courlis ont eu peur de cavaliers, qui profitent de la vaste étendue de sable mouillé pour faire galoper leurs chevaux. Sonia en profite pour aborder la problématique du partage de la plage : « En ce moment, les oiseaux ont besoin de manger davantage, car les températures sont fraiches. Lorsqu’ils sont dérangés et s’envolent, ils perdent de l’énergie. D’autant plus que le temps de nourrissage est faible, car il faut que la marée soit basse ». Il faut faire preuve de bon sens : « Si je vois des oiseaux, je bifurque, d’autant plus si je suis avec mon chien qui court par exemple ». Pas évident de partager le même espace, entre oiseaux qui se nourrissent, chiens qui courent, chevaux qui galopent, promeneurs, et chars à voile ! Mais de plus en plus d’actions de sensibilisation sont menées en ce sens, avec les associations locales, qui vont en maraude à la rencontre des promeneurs.

Ici, pour le moment, la mer est suffisamment loin pour se partager l’estran. Nous en profitons pour avancer davantage, en espérant pouvoir observer d’autres oiseaux. Les traditionnels goélands argentés et mouettes rieuses sont bien là. Des corneilles également ! Ce n’est pas tellement surprenant. Celles-ci s’adaptent facilement, et on les trouve désormais aussi bien en ville, en campagne, que sur le littoral.
Au bord de l’eau, un petit groupe de bernaches cravants se promène. Elles profitent de l’hiver ici avant de remonter en avril vers la Sibérie, où elles se reproduiront. Cette petite oie est très présente en Bretagne lors de la saison hivernale, notamment dans la baie de Morlaix voisine, qui concentre 1% de la population mondiale. Facile à reconnaitre, elle est toute noire, avec du blanc sous la queue, et un collier blanc sur le cou. Elle se nourrit d’algues et de plantes aquatiques.
Nous laissons derrière nous le spectacle après quelques instants : la mer entame son ascension, et il est temps pour nous de remonter doucement, en bifurquant vers la droite. De nombreux oiseaux nous attendent : Ici, une aigrette garzette en bas des rochers, là, un groupe de très nombreux petits bécasseaux sanderling, courant dans le même sens. Grâce à la longue-vue, Sonia repère un cormoran huppé dans les rochers. Un groupe formé de goélands cendrés, de huitriers pies et de mouettes rieuses, profite d’une grande flaque sur l’estran abrité du vent par les rochers. Mais la pluie vient de s’inviter. La mer remontant de plus en plus, il est l’heure de se rapprocher du haut de la plage et du parking. Nous avons eu la chance de pouvoir observer facilement plusieurs espèces, dont beaucoup ne sont que de passage en basse saison. Et heureusement, nous n’avons pas trouvé d’oiseaux en état de faiblesse ou décédés, du fait des tempêtes hivernales, comme c’est le cas actuellement pour des milliers de macareux sur les côtes bretonnes et du Sud-Ouest de la France. D’autres peuvent également s’échouer, victimes de pollution au pétrole. « Chaque hiver, des oiseaux mazoutés sont pris en charge par le centre de soins de la Station LPO de l’Ile Grande », souligne Sonia. « Et cet hiver, le fioul contenu dans les cales des pétroliers le Tanio, échoué au large de l’Ile de Batz, et l’Erika, s’est échappé ». Guillemots de Troïl, pingouins Torda et macareux sont les plus touchés par ces phénomènes, car ils passent la plupart du temps à la surface de l’eau. Des situations dramatiques pour la faune marine, et les effectifs d’oiseaux. Alors que nous quittons le rivage sous un arc-en-ciel, ce constat nous rappelle la fragilité de ce milieu. La vigilance reste de mise : préserver ces espèces, c’est avant tout protéger leur habitat. Et pour préserver, quoi de mieux que d’apprendre à connaitre ! C’est là tout l’objectif des sorties proposées par les associations locales naturalistes toute l’année.
Plus d’infos : https://www.lpo.fr/

