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Quand le Buzuk fait son cinéma : un documentaire engagé en tournage dans le Pays de Morlaix

Le Buzuk, monnaie locale du Pays de Morlaix, reçoit cette semaine les réalisateurs Noah Tot et Victor Durand. En tournage pour leur documentaire engagé « Sans Intérêt(s) ? », ils sillonnent la France à la découverte d’une finance citoyenne et démocratique. Sur place, ils sont allés recueillir les témoignages de professionnels du territoire adeptes de la monnaie locale. La sortie en salles est prévue d’ici un an.

Les deux tourangeaux, Noah et Victor sont amis d’enfance et se sont rencontrés au collège. Victor a un parcours dans le cinéma et la publicité. « Mais au fil du temps, j’avais envie de trouver plus de sens dans mon travail », explique-t-il.

Une tournée à vélo qui compte

Noah, après des études en économie, finance, et un passage en école de commerce, a travaillé dans la finance dite « durable ». Au fur et à mesure de son parcours, il se questionne de plus en plus. Il a de plus en plus d’engagement associatif à son actif et propose des actions et ateliers en éducation populaire sur la finance, l’épargne, la comptabilité, la monnaie… Il participe notamment bénévolement à « l’opération milliard », une initiative citoyenne lancée en 2024 qui a pour objectif de collecter un milliard d’euros pour financer les associations, coopératives et structures de l’économie sociale et solidaire. Dans ce cadre, il part à vélo en compagnie de Victor pour une tournée baptisée « À nous de compter ! ». « De janvier à avril 2026, nous sommes allés à la rencontre de lieux alternatifs dans toute la France, pour en faire des portraits et animer des ateliers d’éducation populaire autour de la finance », raconte Noah. « Lors de ces animations, j’expliquais que chacun pouvait comprendre les enjeux liés à la finance et était légitime pour avoir voix au chapitre. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas d’espace politique pour cela. »

C’est alors que germe chez Noah et Victor l’idée d’un film sur la manière de connecter la finance et la démocratie. « Ce voyage à vélo nous a permis de structurer le projet et de préciser le cadrage du tournage. Nous avons enchaîné directement avec la réalisation du documentaire : il y avait urgence à traiter ces sujets — entre l’échéance présidentielle, les difficultés du secteur associatif et la montée de l’écoanxiété », précisent les deux jeunes hommes. Ils ont alors commencé à travailler à plein temps sur leur documentaire, passant plusieurs semaines en résidence cet été dans une maison en Touraine. Les objectifs du film se dessinent : « La finance actuelle va dans le mur et ne prend pas nos besoins en compte. Le sujet est absent du processus démocratique, un petit nombre de personnes décide dans la finance, et c’est ce qui construit la société d’aujourd’hui et de demain », soulignent les deux réalisateurs. « Le but du documentaire, ce n’est pas de faire un catalogue d’initiatives, mais de les relier toutes. De montrer tout cet écosystème. C’est un documentaire en faveur d’une finance citoyenne. » On pourra ainsi y découvrir des projets d’investissements citoyens dans l’énergie ou l’agriculture, des banques coopératives, des clubs Cigales, des expériences de Sécurité Sociale de l’Alimentation et des monnaies locales.

« Recueillir leurs témoignages et montrer leurs engagements »

Et si Noah et Victor sont en Bretagne cette semaine, c’est qu’ils ont été séduits par la monnaie locale du Pays de Morlaix : le Buzuk. « On a regardé sur la carte des monnaies et on est allés voir le site internet du Buzuk », sourient-ils. « Le dynamisme de la démarche et les propos écrits, qui avaient une portée politique qui dépassait le local, nous ont bien plu. » Les liens existants entre la monnaie locale, la Nef et l’expérimentation de Sécurité Sociale de l’Alimentation les ont convaincus.

À Morlaix, les deux réalisateurs, guidés par l’équipe du Buzuk dont Nicolas Makeiew, le coordinateur de la monnaie, vont tourner des scènes lors des réunions de l’association, mais aussi filmer chez différents producteurs et autres professionnels qui acceptent la monnaie, comme la menuiserie Essences Bois ou la boulangerie Canevet. L’humain est mis au cœur du projet : « On a envie que le public puisse s’identifier aux protagonistes et qu’il puisse avoir envie de participer à ces initiatives. On les suit dans leurs vies, leurs métiers… On veut recueillir leurs témoignages et ainsi montrer leurs engagements. » Et pour le Buzuk, participer à un tel documentaire permet d’« ancrer la monnaie locale dans une démarche plus globale », souligne Nicolas Makeiew, coordinateur.

L’équipe du film à Morlaix / Crédit photo : Le Cri du Goëland

En attendant de voir le résultat sur grand écran, sans doute à la rentrée 2027, un financement participatif a été lancé pour soutenir le projet. 20 000 euros ont déjà été récoltés, sur un objectif de 30 000. Les fonds perçus serviront à payer les différentes étapes de la postproduction : le mixage son, l’étalonnage… et à préparer la diffusion en salle.

Après la Bretagne, le tournage va se poursuivre près de Nantes, pour Noah et Victor, sur la commune du Fief-Sauvin. Là-bas, ils installeront leurs caméras pour mettre en images un autre projet citoyen, cette fois dans l’éolien.

Pour plus d’infos et contribuer au financement participatif du film : https://www.helloasso.com/associations/toile-de-fonds/collectes/sans-interet-s

Crédit photos : Le Cri Du Goëland

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