Lanrivain : une immersion sonore au cœur de la vallée du Blavet avec Eau et Rivières de Bretagne

Lanrivain : une immersion sonore au cœur de la vallée du Blavet avec Eau et Rivières de Bretagne

À Lanrivain, au cœur du Centre Bretagne, l’association Eau et Rivières de Bretagne a réuni habitants, bénévoles et artistes pour deux journées dédiées à une exploration sensible de l’eau et à notre rapport à cette ressource. Pour la première journée, place ai au son. Muni.e.s d’enregistreurs et guidés par des comédiens et un plasticien du son, les participant.e.s sont parti.e.s à l’écoute du Blavet et du lac de Kerne Uhel afin d’en dresser une carte postale sonore. Reportage.

Lanrivian. En plein Centre Bretagne (Kreiz Breizh). La petite commune est notamment connue pour son festival estival Lieux Mouvants, qui a lieu tous les étés au Hameau Saint-Antoine. C’est d’ailleurs dans ce lieu empreint de nature et d’histoire, non loin de la chapelle du XVème, que l’association Eau et Rivières de Bretagne a donné rendez-vous pour une session de deux jours autour de l’eau. Une « formation » organisée dans le cadre d’un projet global baptisé « Au fil de l’eau », et imaginé par des acteurs culturels du Centre Bretagne.

Ce mercredi 16 septembre, c’est la première des deux journées : nous allons « écouter l’eau ». Aurélie Besenval, chargée de mission « Eau et Culture » à Eau et Rivières de Bretagne, nous accueille et nous explique : « Pendant ces deux journées, nous vous proposons d’observer comment fonctionne un milieu aquatique, comment l’eau circule, ce qui la rend vivante ou fragile.  Puis, nous donnerons corps à ce que l’on perçoit avec nos mots, nos gestes, nos voix. ».  Aujourd’hui, nous allons « découvrir notre environnement grâce à nos oreilles ». L’idée, c’est d’être ainsi dans une écoute de plus en plus fine, et de réaliser en quelque sorte « l’écriture sonore du paysage ».

Casques sur les oreilles et « zoom » en mains

Pour ce faire, notre petit groupe, constitué d’habitant.e.s du Kreiz Breizh, de bénévoles d’Eau et Rivières, et de brestois.e.s membre du collectif Le Maquis, sera accompagné de professionnels de la troupe du Théâtre du Grain, et de Eric Thomas, plasticien sonore.

C’est l’heure de la mise en route de la journée. Après un café reconstituant et bienfaisant, nous nous retrouvons tous et toutes en cercle. Sous la houlette de Lionel Jaffrès, metteur en scène, auteur, comédien et directeur artistique au Théâtre du Grain, nous effectuons quelques mouvements d’échauffements et de respiration. Accompagnés du chant d’un rouge-gorge qui retentit des arbres sous lesquels nous sommes installés, nous nous présentons un par un, tout en continuant nos mouvements. Une manière originale et conviviale de briser la glace !

Puis, nous constituons des binômes, et Eric nous distribue des « Zooms ». Pas question d’appareils photos pour le moment (ce sera le cas pour la seconde journée), mais d’un enregistreur audio qui porte ce nom. Branchés à un casque, ils seront nos outils du jour. Nous suivons avec attention les explications d’Eric, qui, en tant que spécialiste du son, nous prodigue de nombreux conseils pour les utiliser au mieux, notamment en milieu naturel, où le vent peut interférer. Maïna, comédienne au sein du Théâtre du Grain et spécialiste de l’écriture, nous fournit un plan pour nous repérer.

Accompagnée de mon binôme Laurent, ancien maraicher bio habitant à Brest et membre du Maquis, nous suivons le reste de la troupe, et quittons le site de Saint-Antoine pour nous rendre plus bas, auprès de la rivière. Ici, c’est le Blavet qui serpente, et alimente le lac de Kerne Uhel, situé à quelques kilomètres. Il s’est formé suite à la construction du barrage du même nom, mis en service en 1981.

Pour rejoindre notre lieu de rendez-vous, tout prêt du barrage, nous empruntons alors un sentier en sous-bois. L’occasion de poser le casque sur les oreilles, qui, branché au zoom allumé, permet d’entendre de façon précise et amplifiée les sons de la forêt. On peut reconnaitre le chant du rouge-gorge qui continue de nous accompagner, dans la descente vers l’eau.

Après ces quelques kilomètres sous les arbres, nous arrivons près de la route en contrebas, non loin du barrage. Petite halte ici avec Marie, qui nous propose un premier exercice d’écriture. « Posez sur le papier ce que vous voyez, ce que vous ressentez, ce qui vous semble beau, pas beau ». En marchant, chacun.e essaie de noter ses impressions et ses sensations : le chant des oiseaux, les feuilles de noisetiers qui se balancent avec le vent, le plantain le long du fossé…

Les branches d’arbres grincent, l’eau clapote

Et voilà le Blavet. Un pont permet de traverser entre les deux rives. Juste un peu loin, le barrage, qui abrite derrière le lac de Kerne Uhel. On entend le débit de l’eau, même si celui-ci est plus faible du fait de la sécheresse qui perdure. Le niveau de la rivière est également plus bas que d’habitude.

Nous profitons de cette halte pour un nouvel exercice, destiné à entrainer et stimuler nos sens : dans un premier temps, nous nous positionnons le long de la rivière, et dessinons ce que nous observons. Puis, place aux sons : il faut représenter sur une feuille nos perceptions sonores et leur localisation dans l’espace. Les branches d’arbres grincent, des pas résonnent, des cris d’enfants s’élèvent, les feuilles bruissent, l’eau clapote…C’est une esquisse de paysage sonore. Si l’on est attentif, les sons sont finalement nombreux et variés. Et la faune est bien présente : un couple de martins-pêcheurs effectue des plongeons dans l’eau à la recherche de nourriture, sous nos yeux. Quelle chance de pouvoir admirer ce spectacle !

Mais au fait, quels sont les espèces qui peuplent la rivière ? Pour le savoir, place à une petite pêche aquatique ! Et c’est sous la houlette d’Erell, animatrice à Eau et Rivières de Bretagne, que nous allons le découvrir. Munis d’épuisette, nous pêchons différents spécimens, qu’il faut maintenant reconnaitre grâce à une planche dessinée. L’eau étant stagnante auprès du barrage, c’est plutôt de la petite faune de mare qui est présente. Larves de libellule, larves de phrygane (aussi appelée « traîne-bûches »), limnée avec sa coquille, coléoptère de type Ilibus…La pêche est plutôt bonne ! Et nous retrouvons notre âme d’enfant en nous émerveillant de toute cette riche biodiversité insoupçonnée.

Après une pause pique-nique au bord du lac bien méritée, notre petit groupe se prête bien volontiers à un jeu de « confiance ». Lionel nous propose de déambuler sur le rivage, casque sur la tête et zoom en mains, les yeux fermés. Accompagné de notre guide qui lui voit tout, il faut apprendre à se repérer dans l’espace, éviter les obstacles et les autres, et ne pas finir les pieds dans l’eau. Fous rires garantis !

Puis, place aux choses sérieuses. Par deux, nous devons enregistrer chacun.e notre « carte postale sonore ». Au bord du lac, le long du Blavet, dans les bois ou auprès du barrage, l’idée est de présenter via le son ce qui nous semble caractériser ce petit coin du Kreiz Breizh. Certain.e.s enregistrent ainsi le clapotis de l’eau, le bruit des pas, le son du vent, le bruissement des feuilles, des tapotements sur des troncs d’arbres…parfois à l’aide d’objets, ou simplement des mains. D’autres décrivent ce qu’ils ressentent ou voient, crient, murmurent…. Le résultat des expérimentations sonores est écouté au retour, près de la chapelle, dans la prairie où fatigués par cette journée intense, nous nous sommes assis. Eric va par la suite assembler ces fragments de sons, pour en faire une fresque sonore collective. On pourra y retrouver ce qui fait l’âme de ce territoire où l’eau est si importante. Mais aussi ce que toutes et tous nous avons recueilli de cette journée, chacun.e avec notre sensibilité, notre culture, notre parcours et nos modes de vie.

Marie-Emmanuelle Grignon