A Saint-Martin-des Champs, des élèves explorent « Le sens du sauvage » avec l’artiste Julia Sacher

A Saint-Martin-des Champs, des élèves explorent « Le sens du sauvage » avec l’artiste Julia Sacher

Durant l’année scolaire 2025-2026, l’artiste plasticienne Julia Sacher est intervenue auprès des 17 élèves de la classe de CE1/CE2 de l’école Jules Ferry de Saint-Martin-des-Champs (29), dans le cadre d’un projet d’éducation artistique et culturelle (EAC)*. Lors de cette résidence en milieu scolaire, la question du « sens du sauvage » a été explorée avec les enfants, en faisant appel à leurs émotions au contact de la nature sur l’Aire Terrestre Educative de la commune. Puis en prolongeant leur approche sensorielle par une pratique gestuelle picturale à l’ocre sur grand format. Des expérimentations artistiques désormais exposées durant tout ce mois de juin au pôle culturel Le Roudour de la commune.

Une école bien impliquée dans des activités pédagogiques nature

Depuis plusieurs années, la commune de Saint-Martin-des-Champs met à disposition des élèves de l’école Jules Ferry un petit territoire naturel, qu’ils et elles gèrent de manière participative, accompagné.es par les enseignant.es et le Centre permanent d’initiative pour l’environnement/CPIE du pays de Morlaix. Il s’agit d’une Aire Terrestre Educative/ATE** où se pratique chaque lundi, l’Ecole du dehors. Avec un nombre et une diversité d’activités impressionnants, telles que : plantations, reconnaissance et comptages d’arbres, observations et comptages des vers de terre dans le cadre des sciences participatives « Viginature écoles », plantation d’une haie et d’un massif gourmand à partir de boutures de cassis et des semis de plantes nectarifères sur une mini zone, valorisation de la diversité des essences par une signalétique de type arboretum, création de nichoirs et de mangeoires, collectage et glanage des graines d’arbres puis mise en terre dans la serre de l’école, etc.

Des activités particulièrement appréciées, aux dires des élèves :

« Notre école est située au cœur de la ville et nous permet d’accéder aux musées, aux expositions, à la médiathèque. Notre cour de récréation, bien qu’essentielle pour jouer, est largement faite de bitume, de surfaces dures et de jeux en plastique. Alors Chaque lundi, nous faisons courageusement la « Classe Dehors » pour découvrir par nous-même. C’est notre petite bouffée d’oxygène. On fait des maths, du français, du sport et surtout, on est devenu les experts de notre petit bois, de notre prairie et de notre zone ATE (Aire terrestre éducative). On a pris goût à la classe en plein air***. »

Quand le sens du sauvage vient aux enfants

A l’axe pédagogique « science et nature » développé au cours de la précédente année scolaire, s’ajoute désormais un axe « art et nature ». C’est dans celui-ci que s’inscrit l’aventure artistique menée avec la plasticienne Julia Sacher, en étroite collaboration avec l’enseignante de la classe de CE1/CE2, Katy Veillon. Où il a été question de mettre en lien leur contact avec la nature, leur « sens du sauvage » et leurs émotions ressenties, prolongées par une pratique gestuelle picturale.

Artiste pluridisciplinaire très connectée au vivant, actuellement installée dans le Morbihan, Julia Sacher organise régulièrement des ateliers de création pour tout public, en cynaotype, gravure ou autour des émotions et du paysage.

Avec « Le sens du sauvage », il s’agissait cette fois-ci pour les 17 élèves de l’école Jules Ferry d’explorer leur approche sensorielle du paysage sur l’Aire Terrestre Educative. Le mot « sens » faisant ici référence à la fois à la dimension sensorielle et au sens environnemental de la pratique.

« J’utilise des techniques écologiques et biodégradables : laque végétale, encres de gravure en mixtion huile-eau, papier, etc. et place le soin du regard à la nature au centre de ma démarche ; en partant du principe qu’apprendre à regarder, c’est déjà agir », souligne Julia Sacher.

Leur mission première a donc été d’observer la nature et surtout de la ressentir ! Puis de traduire leurs impressions de manière gestuelle, au crayon bleu sur papier blanc.

Ensuite, les élèves ont fabriqué leurs peintures à partir d’ocres naturelles, roches à la fois ferriques et argileuses extraites en France. Des pigments naturels qu’utilisaient déjà nos ancêtres paléolithiques et artistes rupestres de talent, il y a 40 000 ans ! Ocres mélangées à de la gomme arabique, exsudat de sève d’acacia, utilisée comme liant.

Les élèves ont d’abord exploré la matière, les effets, les gestes et les mélanges, en créant un nuancier. Pour ensuite se lancer dans un format plus grand, associant formes géométriques et teintes écologiques évoquant la nature et le mouvement, à l’aide d’un protocole qui permettait de travailler la composition en créant différentes zones (grâce à un scotch en papier japonais washi).

Asma et Aubin, avec leurs oeuvres – en vitrine, les pigments ocres et gomme arabique utilisés

« Aller dehors, se lâcher, être calme, concentré » : tels ont été les principaux mots mis sur leurs ressentis par les élèves, en présentant leurs réalisations à leurs parents, aux côtés de l’artiste et de leur enseignante, au cours du vernissage de l’exposition. Celle-ci met également en valeur les prises de vue photographiques des ateliers de créations. L’exposition se déroule jusqu’au 28 juin au pôle culturel Le Roudour de Saint-Martin-des Champs.

Julia Sacher, entourée par Brieg Huon, Elaine Le Floch, des Moyens du bord et Katy Veillon, à droite
Interview de Julia Sacher

* Ce projet d’éducation artistique et culturelle (EAC) a été mené avec l’association morlaisienne Les Moyens du bord, avec le soutien de : la DRAC, la Région Bretagne, Le Département du Finistère, Morlaix Communauté, la Ville de Morlaix, la commune de Saint-Martin-des-Champs et le pôle culturel Le Roudour.

** Une Aire Terrestre Éducative est une zone terrestre de petite taille (parc urbain, friche, zone humide, forêt, rivière, etc…) qui devient le support d’un projet pédagogique de connaissance et de préservation de l’environnement pour des élèves, leur enseignant et leur référent (un acteur de la sphère de l’éducation à l’environnement). Cette démarche écocitoyenne est basée sur la gestion participative d’une zone délimitée par une classe. En se réunissant sous la forme d’un « Conseil d’enfants », les élèves réfléchissent et prennent toutes les décisions concernant leur aire terrestre éducative. C’est l’occasion pour eux de découvrir leur territoire et ses acteurs dans le cadre d’un projet d’éducation à l’environnement durant lequel ils développent les compétences du programme scolaire. (Source : https://ulamir-cpie.bzh/cpie/projet/208392/Les-aires-educatives-AME-ATE).

***On peut consulter toutes les activités effectuées et en projet sur le site de « La trousse à projets, plateforme de financement participatif de l’Éducation nationale » : https://trousseaprojets.fr/projet/10261-l-aire-educative-de-st-martin-des-champs

Laurence Ariouat Mermet