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Vers une coexistence possible loups/éleveurs en Bretagne

Disparu de Bretagne depuis plus de 100 ans, le retour du loup gris – attesté depuis 2022 – suscite l’inquiétude des éleveurs, encore peu sensibilisés à la coexistence et aux mesures de protection. Depuis plus de 25 ans, avec son programme national PastoraLoup, l’association FERUS accompagne les éleveurs confrontés à la présence du loup. Des bénévoles préalablement formés, peuvent être mobilisés jour et nuit pour surveiller les troupeaux et agir en faveur d’une coexistence plus apaisée entre activités humaines et grands prédateurs. Un programme qui se décline en Bretagne depuis 2025.

Eclairages par Tanguy Descamps – Animateur régional FERUS et PastoraLoup Bretagne.

Association nationale pour la défense et la sauvegarde des grands prédateurs, en particulier, l’ours, le loup et le lynx, FERUS – « ce qui est sauvage » en latin – est né en 2003 de la fusion d’ARTUS (association née en 1989 militant pour la sauvegarde de l’Ours brun) et du Groupe Loup France (association née en 1993 avec l’apparition des premiers loups sur le territoire français). Concernant le loup, elle se donne pour objectif la réussite de son retour naturel.

Le loup gris (Canis lupus) a été absent du territoire national pendant une soixantaine d’années. Depuis le début des années 1990, il a recolonisé une grande partie des Alpes depuis l’Italie d’où il n’a jamais disparu. Pour beaucoup de montagnards, il a fallu réapprendre à vivre et travailler à son contact. La population de loups stagne aujourd’hui, après avoir augmenté progressivement. L’expansion territoriale se poursuit, quoique très timidement, dans d’autres massifs montagneux et a débuté dans le reste de la France. Où va-t-il s’installer ? Dans quelles conditions vivra-t-il à nos côtés ?

À l’occasion de la Journée internationale du loup, le 13 août dernier, les associations réunies dans CAP Loup* ont rappelé une évidence que les récents événements semblent faire oublier : le loup est une espèce protégée, essentielle au bon fonctionnement des écosystèmes. Son avenir ne peut reposer sur une politique de destruction qui tend à se banaliser.

Car le loup n’est pas un ennemi : sa présence est le signe d’écosystèmes vivants et fonctionnels.  De ce fait, favoriser le bon maintien des habitats du loup aide aussi à la préservation de la diversité biologique et permet au canidé de jouer pleinement son rôle écologique de prédateur naturel des proies sauvages. Des écosystèmes naturels en bonne santé replacent le loup en tant qu’acteur central, avec une limitation des risques pour la sécurité des troupeaux.

Contrairement aux débats politiques actuels, la véritable question n’est pas de savoir si le loup a sa place dans nos paysages, mais comment organiser durablement sa coexistence avec les activités humaines, en particulier l’élevage.

Cette coexistence est possible, même nécessaire et elle existe déjà. De nombreux territoires en Europe, comme l’Italie, l’Espagne ou encore le Portugal, démontrent qu’une combinaison de moyens de protection adaptés, d’accompagnement des éleveurs et d’une vraie volonté politique permet de limiter les dommages tout en assurant la conservation du prédateur. Aucun système n’est parfait, mais tous montrent qu’il existe des alternatives crédibles efficaces à une politique centrée sur les tirs.

En France aussi, de nombreux éleveurs protègent efficacement leurs troupeaux grâce à la mise en œuvre de mesures adaptées aux réalités du terrain. Ces démarches, souvent exigeantes, méritent d’être davantage soutenues, accompagnées, valorisées et anticipées plutôt que reléguées au second plan derrière une logique d’abattage qui n’a jamais permis de résoudre les difficultés rencontrées.

Le loup de retour en Bretagne depuis 2022

Concernant la Bretagne, pour la première fois depuis plus de 100 ans, une observation de loup gris a été validée en mai 2022 (dans les Monts d’Arrée – Finistère). Depuis cette date, les signalements se multiplient – on estime que 7 à 9 loups sont passés (Source : loup.bzh) – et des prédations sont régulièrement constatées sur des animaux d’élevage. Le Groupe Loup Bretagne** a publié un travail de reconnaissance individuelle des loups basé sur l’analyse des images disponibles (https://loup.bzh/reconnaitre-les-loups/)

Dans le Finistère, depuis 2022, de nombreux constats « Loup Non Exclu » ont causé la perte de 375 ovins et 26 bovins (Sources : Chiffres DDTM au 21/04/2026). Si les Monts d’Arrée restent actuellement la zone la plus impactée, des signalements de présence ont également eu lieu dans l’ensemble des départements bretons. À l’heure actuelle, on ne peut pas connaître précisément le nombre de loups présents dans la région. Sans doute autour de 3 ou 4 individus. Une seule chose est sûre : il peut en arriver d’autres.

Même si le loup se nourrit majoritairement de proies sauvages, assez abondantes en France, la prédation sur les troupeaux domestiques existe, surtout lorsqu’ils ne sont pas protégés. Plusieurs moyens de protection, financés par les pouvoirs publics et l’Europe pour les éleveurs ovins/caprins, peuvent être mis en place pour éviter cela : chiens de protection, surveillance humaine, regroupement nocturne avec clôtures électriques notamment. Ces moyens de protection sont efficaces et ont fait leurs preuves. On constate une diminution du nombre de prédations et un moins grand nombre de victimes à chaque fois, même si le « risque zéro » n’existe pas.

PastoraLoup Bretagne, un soutien humain aux éleveurs pour prévenir les prédations

FERUS propose également son programme de bénévolat PastoraLoup, qui consiste à former des bénévoles pour pouvoir apporter un soutien humain aux éleveurs en zones à loups.

Jusqu’à 2022, le programme PastoraLoup était appliqué uniquement dans le secteur alpin, territoire historique du retour du loup en France. Les besoins étaient alors concentrés sur cette zone. Ces dernières années, les dispersions naturelles de loups s’intensifient sur l’ensemble du territoire. De nouveaux éleveurs se trouvent donc confrontés à la cohabitation sans y être préparés.

Après le Jura en 2023, c’est donc en Bretagne (ainsi que dans le Lot) que l’association FERUS a lancé en 2025*** une nouvelle équipe PastoraLoup, portée par un réseau local de bénévoles dynamiques et impliqués. L’objectif étant d’anticiper au mieux les cas de prédations et de soutenir les éleveurs dans les années à venir. Il s’agit d’une aide temporaire permettant de soulager et d’accompagner les éleveurs en attendant que soient mise en place des mesures pour améliorer les systèmes d’exploitation face à la prédation.

PastoraLoup, c’est aussi du lien humain : les bénévoles, venus d’horizons très variés, ils contribuent concrètement à retisser le lien entre monde agricole et grand public. Moins de stress pour les éleveurs, plus de dialogue, et une preuve concrète que des solutions non létales existent.

Une trentaine de bénévoles ont donc été formés en mars 2025 et ont réalisés de courtes missions de surveillance de troupeaux ovins ou bovins pour soutenir des éleveurs en difficulté suite à l’augmentation de la pression de prédation sur leur secteur ou si un loup est détecté à proximité.

Sur sollicitation des éleveurs et par équipes de deux, les bénévoles bivouaquent sur la pâture jugée « à risque », assurant une présence humaine nocturne auprès du troupeau (ou diurne dans certains cas). Ils effectuent des rondes toute la nuit en prenant garde de ne pas effrayer le troupeau.

En 2026, une nouvelle formation a permis d’ajouter une trentaine de nouveaux bénévoles pour renforcer l’équipe PastoraLoup Bretagne, dans le but de soutenir toujours plus d’éleveurs. Depuis deus ans, 11 éleveurs ont été soutenus, 122 nuits de surveillance ont été réalisées, la plupart du temps en binôme et aucune prédation n’est à déplorer sur les lots surveillés.

Férus enregistre déjà les candidatures pour 2027 ! En étant très tôt sur le terrain en soutien aux éleveurs, nous pensons pouvoir réellement contribuer à une meilleure acceptation locale du loup et au maintien d’échanges entre acteurs de différentes sensibilités.

Entretien audio de Tanguy Descamps par Laurence Ariouat Mermet

https://www.eco-bretons.info/wp-content/uploads/2026/09/13-sept.-a-12-02.mp3

* CAP Loup est un collectif d’associations de protection de la nature, créé en 2014, visant à protéger le loup en France, assurer sa présence et favoriser sa cohabitation avec les activités humaines. Il regroupe 40 associations, dont FERUS, et plus de 200 000 adhérents.

** Le Groupe Loup de Bretagne est un collectif issu de membres des associations Groupe Mammalogique Breton/GMB et Bretagne Vivante. Il a pour objectif d’anticiper et d’accompagner le retour du loup dans la région. Ce groupe est ouvert aux autres associations naturalistes bretonnes qui partagent la position du GMB et de Bretagne Vivante.

*** Le rapport d’activité de la 1ère saison est téléchargeable : https://www.ferus.fr/wp-content/uploads/2026/01/Rapport-dactivite-Pastoraloup-Bretagne-25.pdf

Crédits photos : Férus.

Contact FERUS Bretagne : bretagne@ferus.org

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