En Pays de Brocéliande, La micro-ferme La Bastardière cultive l’autonomie et le partage

En Pays de Brocéliande, La micro-ferme La Bastardière cultive l’autonomie et le partage

À Porcaro (56), Cécile et Daniel ont quitté leur vie de journalistes nomades pour bâtir la Bastardière, une micro-ferme où ils cultivent la sobriété, l’autonomie, et l’art de faire soi-même. Entre jardin vivrier, accueil solidaire, éco-construction, low tech, ateliers et stages, découvrez ce lieu unique aux portes de la Forêt de Brocéliande, fait de partage et de transmission.

La Bastardière. Ce vieux terme français désigne un « endroit où l’on greffe pour créer des arbres bâtards ». C’est aussi le nom de la micro-ferme où se sont installés Cécile et Daniel, à Porcaro, dans le Morbihan, non loin de la forêt de Brocéliande. Un clin d’œil au nom du voilier, Basta, sur lequel le couple vivait lorsqu’il exerçait le métier de journaliste. Une vie de nomades qu’ils ont troquée pour la sédentarité en s’installant, il y a un peu plus de cinq ans, dans le hameau du Guiny.

Tombé amoureux du Centre-Bretagne et séduit par la dynamique locale — notamment celle développée par Le Champ Commun à Augan —, le couple a choisi de rénover une ancienne ferme de petits paysans laissée à l’abandon. Leur objectif : en faire un lieu de vie tourné vers l’autonomie, le partage et la transmission des savoirs. « On est partis de rien », rembobinent-ils. « On a auto-construit notre maison sur les bases de l’habitation précédente, avec une isolation en bottes de paille. » Et quoi de mieux que d’utiliser pour cela la paille du maraîcher d’à côté ! La même logique a guidé le choix des autres matériaux : la terre utilisée pour les enduits provient du creusement d’une mare dans le jardin, l’argile a été trouvée sur place, et les pierres de la bâtisse existante ont toutes été réutilisées.

L’esprit « Do It Yourself » et low-tech

Cette démarche « do it yourself » (faire soi-même, ndlr) infuse toutes les activités de la micro-ferme. Cécile et Daniel y sont particulièrement attachés. « Nous travaillons également sur la sobriété énergétique, et nous nous sommes beaucoup intéressés aux low-techs. » Sur leur terrain de 7 000 m², le couple a ainsi fabriqué et installé un séchoir solaire tournant à inertie, un fumoir pour réaliser des salaisons, un vélo-mixeur pour fabriquer des smoothies et une machine à laver à pédales. Côté électricité, le site est autonome grâce à des panneaux photovoltaïques et n’est pas relié au réseau Enedis.

Ces installations servent de supports pratiques lors des stages et ateliers organisés par leur association, « Les ateliers de la Bastardière ». On peut y apprendre à fabriquer un four à pain en briques de terre crue et paille — « un four spécifique qui nécessite une moindre consommation de bois car sa hotte est plus haute », souligne Daniel — ou encore une marmite norvégienne en bois. Il est aussi possible de s’initier à la vannerie en osier, à l’apiculture, ou de participer à des « visites apprenantes » autour du photovoltaïque en site isolé, de la pédo-épuration ou du compostage.

Un exemplaire de four fabriqué à La Bastardière. Crédit photo : MEG/EB

Les participant·e·s, qui viennent « de la région, de toute la France, et même de pays frontaliers comme la Belgique » selon le couple, peuvent être logé·e·s sur place. La micro-ferme dispose en effet d’un gîte avec un espace dortoir (chauffé par un rocket stove, une autre réalisation low-tech), d’un terrain de camping et d’une roulotte autonome en énergie, construite sur le châssis d’une ancienne charrette agricole. Les séjours peuvent également être réservés via la plateforme GreenGo.

Un lieu de partage et d’accueil social

La Bastardière est aussi un lieu d’accueil pédagogique et social labellisé Accueil Paysan. Des publics fragilisés et des seniors y sont accueillis, par exemple pour un atelier « fournée générale » où l’on apprend à étaler, garnir, cuire et déguster des pizzas ou des fouées. Des groupes d’enfants et des classes scolaires viennent également participer à des ateliers de découverte de l’éco-construction, des low-techs, ou encore du fonctionnement des sols en permaculture dans le jardin vivrier.

Ce dernier est l’une des pièces maîtresses de la Bastardière. Cécile, formée sur le sujet, a le titre de maître-composteur. Le jardin, c’est sa spécialité. « L’idée, c’est d’être aussi en autonomie sur cette partie, ainsi qu’au verger », explique-t-elle. Les cultures, menées sur « sols vivants », sont destinées à l’alimentation et sont amendées grâce au compost de la cuisine et à l’urine issue des toilettes sèches. Une serre, fabriquée à l’aide de matériaux de récupération, permet de choyer les semis ainsi que les poivrons, tomates et aubergines qui rejoindront la ratatouille maison.

Avec la Bastardière, Cécile et Daniel proposent un modèle de micro-ferme à la fois convivial et inspirant. De quoi donner envie d’explorer l’autonomie et la sobriété énergétique, deux notions qui, selon eux, « ne vont pas l’une sans l’autre ».

Plus d’infos

https://microferme-bastardiere.fr

Marie-Emmanuelle Grignon