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« Les possibilités énergétiques d’une île » : le défi réussi de Kemenez

En raison de la marée, le bateau n’atteint pas le ponton. Nous sautons donc à pied joint dans les algues et les flaques salées. Soizic et David, debout sur le ponton accueillent les « naufragés » avec un café, en leur conseillant de ne pas s’attarder sur la grève, les espèces protégées comme les gravelots nichent entre les galets. Les questions se bousculent : comment deux jeunes gens mènent-t-ils ainsi depuis 5 ans leurs activités agricoles et d’accueil en chambres d’hôtes sur un petit bout de terre de 26 hectares complètement autonome en énergie et en eau ?

Un nouvel élan dans l’archipel

Retour sur cette aventure insulaire vers l’autonomie énergétique. En 2003, le Conservatoire du Littoral rachète l’île, puis en 2007 avec Edf, l’Ademe et les fonds européens, lance un projet de réhabilitation. Objectif : développer le potentiel énergétique et économique de Kemenez, en préservant sa biodiversité. Un couple de trentenaire est sélectionné – non pas « pour leur physique » comme aime à plaisanter Soizic – mais pour la solidité de leur projet agricole et d’accueil, David a de bonnes connaissances en agriculture (Bac D’, maîtrise de géomorphie littorale) et Soizic du milieu insulaire et marin (animatrice de classe de mer sur l’île de Batz).

En 2011, le couple et leur entreprise baptisée « SCOP ferme insulaire de Kemenez » parviennent à se dégager deux SMIC par mois. Ils vendent des pommes de terre labellisées bio à 3,50 € le kilo à Molène et 5,50 € par colis. « La réhabilitation de l’île donne un nouvel élan à la vie de Molène », s’enthousiasme le maire Jean-François Rocher. Un nouvel emploi a été créé, afin de transporter les hôtes entre les deux îles, et la culture de pommes de terre à Molène a été relancée. Autre activité singulière : le couple récolte et transforme les algues de l’estran, en attente de labellisation bio.

David, Jules, Chloé et Soizic, la famille de Kemenez © GM.

Une réussite écologique

Les activités développées sur l’île sont alimentées par un système hybride comprenant une éolienne (2500 watts) et un générateur photovoltaïque (6200 watts). Ces différentes sources d’énergie permettent d’alimenter du matériel domestique de classe A ou A+. Sur l’année, ces deux sources d’énergie sont complémentaires. L’eau chaude sanitaire (d’une capacité de 500 L) est obtenue à l’aide de 8 capteurs solaires de 2,2 m² posées sur les toits des habitations. L’eau douce provient d’un puits et de l’eau de pluie accumulée dans une citerne. Celle-ci passe par trois filtres en papier, un autre au charbon actif et une lampe à UV. Ce qui fournit une eau potable de qualité correcte. Les eaux grises (vaisselle, douche) sont quant à elles filtrées grâce à un système de phytoépuration à base de végétaux.

Un modèle reproductible sur le continent ?

Cet incroyable système autonome en énergie, dont toute l’installation a coûté « le prix pas excessif de 150 000 € », serait-il une façon pour Edf, accompagnateur du projet, de se montrer prêt à s’investir davantage dans les énergies renouvelables ? Sur les continuités du projet, Vincent Denby-Wylkes (représentant Edf) annonce que « l’amélioration technique de l’île va se poursuivre pour gagner en efficacité énergétique avec l’installation de leds nouvelle génération ». L’élargissement sur le continent n’est pas évident selon lui : « car sur le continent un système énergétique centralisé est plus avantageux, des particuliers peuvent difficilement obtenir une installation semblable, à moins d’en avoir les moyens. » Que cherche à démontrer Edf ? Les énergies renouvelables : possible uniquement sur une île … ?

« L’épanouissement de notre famille avant tout »

Depuis 2007, le projet a évolué dans un sens inattendu : la famille s’est agrandie. Soizic et David ont eu deux enfants, Chloé 2 ans, et Jules 3 mois. « On n’a pas fait mieux que les moutons qui eux sont passés de huit à cent » plaisante Soizic. Sur l’île, ces derniers vivent librement, et entretiennent la lande côte à côte, entourés de lapins gris qui surgissent de-ci, de-là. À présent, les parents insulaires souhaitent avoir plus de temps pour s’investir dans l’éducation de leurs enfants. « Je pense inscrire Chloé au cours par correspondance du CNED » nous livre Soizic. À terme, les hôtes de l’île deviendront peut-être plus autonomes. D’ailleurs, si David et Soizic devaient quitter les lieux se serait pour l’épanouissement de leurs enfants.

Plus d’infos

http://www.iledequemenes.fr/

http://iledequemenes.hautetfort.com/
 
Infos pratiques

Un séjour sur l’île coûte 70 € par jour et par personne en pension complète, il faut s’y prendre presque 1 an à l’avance pour réserver. Il est possible d’observer de nombreuses espèces d’oiseaux, ainsi que des phoques et des dauphins. En allant sur le site web de la ferme insulaire vous pouvez commander les pommes de terre bio cultivées par Soizic et David. 

À lire

Les reportages sur l’île de Molène, l’île de Groix, l’île Callot et un dossier sur le renouveau de l’agriculture insulaire dans les îles d’Arz, de Batz et Belle-île.

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