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Cultiver sa résilience : La permaculture comme boussole de vie, avec Flora Clodic-Tanguy

Comment appliquer les principes de la permaculture à son propre quotidien pour surmonter les épreuves ? C’est le défi relevé par Flora Clodic-Tanguy. Journaliste, elle accompagne les structures et les porteurs/porteuses de projet engagés dans leur stratégie de communication, notamment dans leur campagne de financement participatif. Elle est aussi l’autrice de « Nos voies résilientes », et de « Vivre en permaculture », et co-fondatrice des « Liens Sauvages », qui propose dans le Morbihan des espaces pour se ressourcer, se relier, renforcer son pouvoir d’agir, pour les personnes qui prennent soin des autres, des territoires, ou du vivant. Un parcours singulier, sous le signe de la résilience et de la transition écologique, pour cette jeune femme sensible et dynamique.

Depuis 4 ans, Flora Clodic-Tanguy est installée dans le Morbihan. Une manière pour elle de se rapprocher de ses racines nord bretonnes. Ce retour aux sources marque aussi une nouvelle étape dans un parcours singulier, façonné par la résilience et un engagement profond pour la transition écologique et la permaculture.

Rembobinons. A l’heure se choisir son parcours universitaire, Flora s’engage dans une double formation : humanitaire, et développement. Elle est curieuse de comprendre comment les crises internationales résonnent localement. Mais le journalisme l’appelle. Elle suit alors au début des années 2010 une formation en alternance de 2 ans au CFPJ de Paris. Puis trouve un poste à la rédaction de l’émission de France 5 « C dans l’air ». Nous sommes en 2015, et les attentats de Charlie Hebdo surviennent. Ils la percutent de plein fouet, et provoquent chez elle un mal-être. « Là, je n’étais pas très bien. Je n’avais plus forcément de travailler dans le « hard news », l’actualité chaude confie-t-elle. Son contrat se termine. En parallèle, la jeune femme est bénévole pour plusieurs associations environnementales. 2015, c’est aussi un autre tournant dans la vie de Flora, avec la COP21 de Paris. Un événement dans lequel la jeune femme s’implique, en travaillant pour le projet « Place to B ». A la fois programme d’évènements et lieu physique, il se déroule pendant la Cop. L’objectif : créer des échanges entre experts du climat, artistes, scientifiques, membres de la société civile, et ONG. Flora y est responsable éditoriale. Des débats, des émissions de radio y sont enregistrées. Cependant, le projet est percuté par l’actualité tragique du 13 novembre, et de nouveaux attentats. Malgré l’instauration de l’état d’urgence et une présence sécuritaire omniprésente qui ternit l’ambiance, « Place to B » survit et maintient sa programmation.

Un projet fondateur dans le financement participatif

Alors que son militantisme écologique s’intensifie, un fossé se creuse avec son compagnon de l’époque. À la clôture de « Place to B », Flora se retrouve à la croisée des chemins : sans emploi, sans logement et célibataire. Pourtant, loin de s’effondrer, elle rebondit. Elle se passionne pour les nouvelles formes de démocratie et la transition sociale. C’est le début d’une nouvelle aventure numérique : elle investit notamment Twitter et la vidéo pour proposer une couverture médiatique engagée, au plus près des initiatives de terrain.

Aspirant à un peu de soleil, Flora s’envole pour Lisbonne. C’est depuis le Portugal qu’elle est sollicitée pour lancer la campagne de financement participatif de L’Hermitage, un futur tiers-lieu dans l’Oise. Elle accepte, mais se retrouve vite face à un dilemme de conscience : les allers-retours incessants en avion heurtent ses convictions écologiques. Pourtant, cette mission agit comme un catalyseur. Elle y jette les bases de son futur métier, où s’articulent stratégie, création de contenus et tissage de liens humains. C’est ainsi que Flora va par la suite accompagner plusieurs campagnes de financement participatif d’envergure nationale pour des projets engagés, outre celui de L’Hermitage : projets citoyens comme « On est prêt », magazine alternatif comme La Déferlante, films Un Monde Nouveau et Food Transition…et Yggdrasil, revue militante co-créée par Pablo Servigne, consacrée à l’effondrement. « Un moment important pour moi », déclare Flora, qui devient alors aussi pigiste pour la publication.

A la découverte de la permaculture dans le Cantal

En 2019, une rencontre amoureuse mène Flora vers un éco-lieu dans le Cantal. « J’étais en pleine réflexion sur les sujets de transition, je travaillais avec Pablo Servigne sur les questions d’effondrement et de résilience », se remémore-t-elle. « J’étais dans une forme de dissonance cognitive : très au clair sur le constat de la crise écologique, mais compliqué à vivre dans le cadre urbain où j’étais ». Ce départ dans le Massif central est un déclic. Aux côtés de son compagnon d’alors, expert reconnu en permaculture, elle quitte la théorie pour le concret. Elle y découvre un nouveau rapport au temps, calé sur le rythme des saisons, et s’immerge dans l’application quotidienne des principes permacoles.

Flora suit les formations qu’il dispense, anime des stages, se forme au design en permaculture pour pouvoir former ensuite des stagiaires. « De plus en plus, je voyais comment cette immersion dans la permaculture infusait dans mes pratiques professionnelles, notamment du point de vue écosystémique ». Elle découvre surtout que la force de la permaculture réside dans son éthique et ses principes organisationnels. Plutôt que de se cantonner à la terre — qui n’est pas son terrain de prédilection — elle choisit d’adapter ces concepts à la stratégie et à la gestion de projets complexes.

Mais l’écriture n’est jamais loin. Elle publie ainsi « Nos voies de résilience » en 2021, livre où se croisent les portraits de Pablo Servigne,  de la réalisatrice Flore Vasseur, de la naturopathe Odile Chabrillac ou du danseur Bolewa Sabourin, avec son propre témoignage.

L’idylle de Flora prend fin, et elle déménage dans le Morbihan. Son arrivée dans le Morbihan coïncide avec une étape majeure : la maternité. Cependant, le post-partum se révèle éprouvant. Flora, qui compose déjà avec son hypersensibilité et son profil atypique (diagnostiquée « Zèbre » ) découvre aussi qu’elle souffre d’un TDAH (Trouble de Déficit de l’Attention avec ou sens Hyperactivité). Elle traverse une période de grande fragilité. Mais les principes de la permaculture, qu’elle applique dans sa vie quotidienne, vont l’aider à passer ce moment difficile.

Les Liens Sauvages : soin, liens et joie

Dans le sillage de sa reconstruction personnelle, un projet de livre, en gestation, voit le jour. Le processus d’écriture a « accompagné ma manière permacole de reconstruire ma vie », souligne Flora, qui évoque la permaculture comme « une remise au goût du jour d’une sagesse ancestrale, adaptée à notre modernité. Dans son livre « Vivre en permaculture » de la collection « Je passe à l’acte » des éditions Actes Sud, la jeune femme développe comment appliquer les trois piliers éthiques de la permaculture (prendre soin de la Terre, prendre soin des Hommes, partager équitablement) à tous les aspects de notre quotidien. La permaculture est ainsi devenue une aide précieuse pour Flora, pour cultiver la flexibilité nécessaire face à l’adversité. Elle y voit un outil stratégique pour rebondir, précisément là où les circonstances semblent les plus hostiles.

Et Flora, dont les idées fusent, lance un nouveau projet dans le Morbihan, issu de toutes ses expériences : Les Liens Sauvages. « Au départ, je voulais créer un tiers-lieu, mais ce n’était pas le bon moment », explique-t-elle. Le projet évolue, dans une éthique typiquement permacole, et devient une « programmation hors les murs », des « espaces pour tous ces gens qui prennent soin des autres, des territoires, du vivant, qui sont épuisés, et qui n’ont pas de temps ou de lieux pour se ressourcer ». Elle en parle autour d’elle, et on lui présente Charlotte Bohr, avec qui elle va cofonder « Les Liens Sauvages », qui sera incubé au sein du Tag56. « Nous mettons dans notre ADN de collaboration et de conception des ateliers l’éthique et les principes permacoles», explique Flora. « Il y a beaucoup de soin, de liens, et de joie dans ce chaudron ! L’objectif avec Les Liens Sauvages, c’est aussi de se relier, se régénérer, et de retrouver du pouvoir d’agir ». Et c’est au camping éco-labellisé La Fontaine du Hallate, à Plougoumelen dans le Morbihan, que va se dérouler une bonne partie de la programmation proposée par Les Liens Sauvages à la belle saison. En attendant, on pourra retrouver Flora et Charlotte pour un atelier « Voyage en 2030 glorieuses » à l’Argonaute à Auray, le jeudi 5 mars, de 18h30 à 20h30.

Plus d’infos : https://www.instagram.com/les_liens_sauvages/

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