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Comment les citoyen.ne.s peuvent s’impliquer dans l’agriculture ? Deux exemples bretons

Revenu paysan en berne, précarité alimentaire et chute du nombre d’exploitations : face à la crise agricole, des citoyens s’engagent. À l’occasion de l’Agri’Festy organisé par le MRJC à Mousteru (22) en conclusion du Tour de France Agricole, un atelier a mis en lumière des initiatives concrètes portées par des habitants en Bretagne : Épargne collective pour financer du foncier avec Terres de Liens et une SCI citoyenne ou encore caisse locale pour tester la Sécurité sociale de l’alimentation à Morlaix.

Alors que 43% des agriculteur.rice.s ont un revenu inférieur au Smic, que 16% des foyers français déclarent ne pas pouvoir manger à leur faim, et qu’en Bretagne, on compte trois départs à la retraite pour une installation agricole, que peuvent faire les citoyen.n.e à leur échelle pour soutenir l’agriculture, et s’y investir ? C’est la question qui était posée durant un atelier qui s’est déroulé dans le cadre de l’Agri’Festy, fête de conclusion du Tour de France Agricole proposée par le MRJC, et qui s’est déroulée le samedi 22 août à la ferme bio de Ty Lipous à Mousteru (22).

Les participant.e.s se sont d’abord interrogés par petit groupe sur ce qu’il était possible de faire. Parmi les idées et les solutions qui ont émergées : Achats en Amap, information et sensibilisation des proches sur les défis du monde agricole, rejoindre un réseau ou une association paysanne, réaliser ses achats en direct auprès des producteur.ice.s, milliter…

Deux exemples d’implication citoyenne en Bretagne ont ensuite été présentés :

Une SCI (Société Civile Immobilière) est une structure juridique immobilière qui a pour but d’acquérir du bâti ou du non-bâti, en mobilisant du capital.

Terres de Liens est un mouvement citoyen qui favorise l’accès à la terre des paysans, préserve les terres agricoles, et veut développer une agriculture paysanne biologique. L’association a dans ce but mis en place plusieurs outils : épargne solidaire, dons, legs, et donation. Ceux-ci sont à destination de l’acquisition foncière. Trois entités font partie du mouvement : une fédération, une foncière et une fondation. Terres de Liens peut ainsi acquérir des fermes, et les louer ensuite aux paysan.ne.s via un contrat de fermage.

Terres de Liens accompagne de nombreux projets de SCI, dont celui de la SCI du Scrapo, à Plounevez-Moedec (22), entre Guingamp et Morlaix. Celle-ci, qui comprend 300 personnes, a permis de regrouper une somme de 400 000 euros, et a acquis une exploitation laitière de 60 hectares, Les paysan.ne.s de la ferme, installé.e.s en collectif, sont ainsi locataires d’uns structure collective, dans laquelle chaque sociétaire, qui détient une ou plusieurs part à 500 euros, a une voix. La particularité du projet réside dans le fait que la SCI a racheté le foncier, mais également le bâti.

« C’est un mouvement qui permet d’enlever le poids de l’achat des terres qui pèse lourd sur les paysans », estime Jean-Louis Lintanf, co-président de la SCI, qui a travaillé longtemps dans une commune rurale. Si il a choisi de s’investir dans ce projet d’agriculture citoyenne, c’est parce qu’il a « été marqué par la baisse du nombre de fermes, et la concentration des exploitations ».

Les projets de « Sécurité Sociale de l’Alimentation » germent un peu partout dans le pays. Sur un modèle similaire à celui de la Sécurité Sociale pour la santé, l’objectif est de permettre aux citoyen.ne.s, via des caisses locales, d’accéder à une nourriture saine et durable, et de lutter ainsi contre la précarité alimentaire, tout en sortant des systèmes d’aides actuels qui sont saturés et parfois source de stigmatisation. Le but est aussi de soutenir les paysan.ne.s locaux, et de contribuer à construire un système alimentaire plus juste et plus durable.

A Morlaix, l’expérimentation est lancée officiellement depuis avril. Une centaine de personnes y participent : célibataires, couples avec ou sans enfants, familles monoparentales…Chaque participant.e (hormis les ayants-droits) cotise mensuellement à la caisse en fonction de ses revenus, et reçoit ainsi chaque mois 150 « buzuks alimentaires (BA)». Les ayants-droits reçoivent quant à eux 75 BA.

Ces Buzuks Alimentaires peuvent être dépensés dans une trentaine de points de vente conventionnés choisis par le collectif : maraîchers, boulangers, Biocoop, marchés à la ferme, magasins de producteurs… sur le Pays de Morlaix. Et les volontaires qui testent le projet de Sécurité Sociale de l’Alimentation participent également à un « parcours citoyen », qui comprend a minima une réunion mensuelle, ainsi que des visites et animations (ateliers cuisine, visite de ferme…), conférences, temps d’échanges…

Emmanuelle Mugnier-Viret, participante à l’expérimentation, est particulièrement sensible à la « défense du monde paysan ». « J’avais envie de me dire que je pouvais agir pour ce monde paysan qui va mal », confie-t-elle. « On peut les aider à être mieux rémunérés, et aussi à utiliser moins de pesticides ».

Des témoignages inspirants qui ont su trouver un écho chez les jeunes qui ont participé au Tour de France Agricole, en montrant que de nouvelles d’installations, avec la participation des citoyen.n.e, était possible !

Plus d’infos

Le site de la SCI du Scrapo

Crédit photo : Alexia Michoud

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