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Cancer du sein : tout n’est pas rose dans l’environnement

Chimiste, toxicologue, chercheur en santé environnementale et président du Réseau Environnement Santé, André Cicolella* alerte depuis des années quant aux impacts des perturbateurs endocriniens sur notre santé, en particulier sur le risque de cancer du sein. Des substances chimiques qui existent en grand nombre et sont présentes partout dans notre quotidien, avec une durée de vie longue, certaines étant considérées comme des polluants éternels. A l’heure où le nombre de cancers du sein explose en France et tandis qu’Octobre rose met l’accent sur les causes individuelles et sur le dépistage, André Cicolella braque les projecteurs sur les causes environnementales de ce fléau. Il sera la semaine prochaine dans le Finistère pour trois conférences : les deux premières à Brest, la troisième à Morlaix. Et le 23 octobre, il signera la charte Villes et Territoires sans Perturbateurs Endocriniens à Rennes avec le Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine.

En 2016, vous publiiez un livre, « Cancer du sein – En finir avec l’épidémie », dans lequel vous alarmiez déjà sur le doublement du nombre de cancers du sein dans le monde, entre 1990 et 2013. Aujourd’hui, dix ans après, selon le Centre international de recherche contre le cancer (Circ), la France est le deuxième pays au monde où l’incidence du cancer du sein est la plus forte : 103,4 cas pour 100 000 habitants en 2023, en particulier chez les femmes de moins de 40 ans. Quelles sont les causes de cette très inquiétante progression dans notre pays ?

En 2012, la France était le 12ème pays au monde pour l’incidence du cancer du sein. En 2018, la France était 4ème puis est passée 1ère en 2022. En 2024 , on peut considérer qu’elle reste à la 1ère place, l’Australie l’ayant rejoint avec un taux de 103,5. Un dixième de point n’a pas de signification. Elle est par contre toujours 1ère, et de loin, pour les femmes de moins de 50 ans. Dans les 2 cas, les taux de la France sont doubles de ceux de la Bulgarie, meilleur pays européen, mais on peut aussi regarder le taux du meilleur pays mondial le Bhoutan , 15 fois moins que la France en incidence tous âges confondus et 10 fois moins pour les femmes de moins de 50 ans.

Les études sur les migrantes montrent qu’elles atteignent rapidement le taux des pays d’accueil. Les Iraniennes migrant au Canada ont vu leur taux multiplié par 5. Cela démontre que le cancer du sein est bien une maladie environnementale, au sens le plus large du mot environnement.

Il est reproché à la communication officielle d’Octobre rose sur les facteurs de risque, d’être uniquement ciblée sur les comportements individuels des femmes, sans aborder les causes environnementales. Vous parlez même d’une omerta sur la réalité de l’épidémie. Qu’en est-il précisément ? Et quels sont ces facteurs environnementaux ?

L’accent est mis principalement sur le dépistage et les seules causes évoquées tiennent au comportement individuel : tabac, alcool et sédentarité et par principe cela ne s’attaque pas aux causes environnementales.

Or il y a consensus pour considérer que les causes génétiques ne représentent que 5 à 10%. Si on compare France et Bulgarie, la Bulgarie est le pays européen avec le taux le plus élevé de fumeurs, la consommation de vin y est la même qu’en France. L’obésité est aussi invoquée, mais la France est le pays européen avec le taux le plus bas. Il faut bien regarder d’autres facteurs de risque, qui sont par ailleurs largement bien établis :

Des médecins d’Alerte Médecins Pesticides et Perturbateurs endocriniens (AMLP) voient Octobre Rose « comme une vaste entreprise marketing créée initialement par l’industrie chimique, et actuel eldorado commercial pour tout objet de consommation coloré en rose ». Ils disent également que « de bonne foi, plein de personnes s’engagent dans le Rose, mais sans bien savoir les tenants et aboutissants de cette mascarade de santé publique. ». Raison pour laquelle vous appelez à un nouvel Octobre rose ?

Octobre rose a le mérite d’attirer l’attention sur la réalité de l’épidémie du cancer du sein, mais il manque un volet action sur les causes environnementales. Nous avons organisé un colloque en 2024 sur ce sujet et c’est la raison des conférences que je vais faire à Brest et Morlaix. J’ajouterai aussi la signature de la charte Villes et Territoires sans Perturbateurs Endocriniens à Rennes le 23 Octobre avec le Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine.

Vous indiquez un élément nouveau sur lequel il faut insister, à savoir que 3 grandes revues de littérature scientifique mettent l’accent sur l’implication de grands Perturbateurs Endocriniens Non Persistants (Phtalates et Bisphénol A) dans les 3 phases du cancer : initiation, progression et promotion.  Pouvez-vous développer ? Et comment mettre hors d’état de nuire ces Perturbateurs Endocriniens dont vous dénoncer les effets dévastateurs depuis longtemps ?

3 revues de littérature, reposant sur près d’une centaine de publications chacune, viennent d’être publiées dont une par une équipe française de l’Hôpital Georges Pompidou à Paris. Elles mettent clairement en cause 2 grandes familles de Perturbateurs Endocriniens : le Bisphénol A et les phtalates dans les 3 stades du cancer du sein : initiation, progression et promotion.

La promotion, c’est le passage au stade des métastases ; c’est crucial car si la tumeur reste localisée l’espérance de vie à 5 ans est de 99%, alors qu’elle n’est plus que de 26% en cas de métastase. Bisphénol et Phtalates sont des Perturbateurs Endocriniens non persistants ce qui signifie qu’ils sont éliminés quotidiennement par l’organisme. Les sources sont bien connues, ce sont principalement les plastiques, l’alimentation ultra-transformée, les cosmétiques et les produits de soins personnels. Les Parabènes sont la 3ème grande famille de PE non persistants impliqué dans le cancer du sein . Ils sont présents principalement dans l’alimentation, les cosmétiques et les produits de soins personnels.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a une possibilité de résultat très positifs à court terme en agissant sur ces facteurs de risque bien identifiés. Santé Publique France a mis en évidence dans sa grande enquête Esteban une contamination totale de la population à ces substances, mais avec des niveaux plus faibles dans les logements bien aérés et des niveaux plus élevés dans les logements avec un sol en PVC.

Or un sol en PVC , c’est 40% de phtalates, qui servent de plastifiant. Ce sont des COSV (Composés Organiques Semi-Volatils). Cela signifie que ce sont des substances chimiques à l’état solide à température ambiante qui se volatilisent en cas d’’élévation de température pour se redéposer ensuite dans tout le local sous forme de fines poussières. Les sols en PVC se trouvent dans les logements, mais dans les locaux de travail ainsi que les salles de classe et de sport.

A Stockholm, le pourcentage d’écoles avec un sol en PVC est passé de 76% à 7% entre 2000 et 2025. Ils ont généralement remplacé ce PVC par du linoleum. C’est un enjeu pour le cancer du sein , mais aussi pour la plupart des grandes maladies chroniques auxquelles contribuent les phtalates. Une étude suédoise a montré par un suivi de 3200 enfants pendant 10 ans que le taux d’asthme était multiplié par 2 s’il y avait un sol en PVC dans la chambre des parents. Rappelons que l’asthme touche 1 enfant sur 10 actuellement. Le lien est bien établi aussi avec les trouble du neuro-développement comme l’autisme, le TDAH, troubles cognitifs et émotionnels. C’est principalement les périodes de la grossesse et de la petite enfance qui sont les périodes sensibles et donc déterminante pour la santé de l’enfant et du futur adulte.

Mardi 20 octobre à Brest, deux conférences animées par André Cicolella, du Réseau Environnement Santé, vous attendent à l’auditorium des Ateliers des Capucins : 14 h 30 – Perturbateurs endocriniens : quels impacts sur la santé ?Destinée aux élus et aux professionnels de la santé, du social et de la petite enfance, cette conférence abordera les liens entre perturbateurs endocriniens et santé, ainsi que les actions possibles sur le territoire. Sur inscription. 18 h 30 – Perturbateurs endocriniens : quels impacts sur le risque de cancer du sein ? Ouverte à toutes et tous, cette conférence sera consacrée aux liens entre perturbateurs endocriniens et cancer du sein, ainsi qu’aux solutions concrètes à l’échelle locale. Source : https://www.ateliersdescapucins.fr/fr/programmation/conferences-perturbateurs-endocriniens-quels-effets-sur-notre-sante. Vendredi

Mercredi 21 octobre à Morlaix, conférence à 19 h, à l’amphithéâtre de l’IFSI (Institut de formation des soins infirmiers) rue Kersaint-Gilly. Gratuit, ouvert au grand public et aux professionnels.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Cicolella

Crédit photo : Christine Receveur

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